Nous travaillons jour et nuit en première ligne de la santé. Nous prenons soin de vos enfants à l’école et en milieu de garde. Nous tenons la caisse de l’épicerie du coin. Nous veillons sur vos grands-parents en CHSLD. Nous livrons vos colis de l’entrepôt jusqu’à votre porte. Nous vous offrons une scène culturelle riche et diversifiée. Nous prenons vos commandes et nous débarrassons vos tables.

Fabien Torres et Nassima Nouali
Respectivement enseignant et analyste en laboratoire, et près de 200 autres signataires*

Depuis maintenant huit mois, nous, les travailleuses et les travailleurs essentiels, mettons notre santé à risque pour vous permettre de mener une vie la plus normale possible. Lorsque le premier ministre a fait appel à nous, nous avons répondu « présent ». Aujourd’hui, c’est à notre tour de faire appel à la solidarité du gouvernement du Québec.

La semaine dernière, dans sa mise à jour économique, le ministre des Finances, Eric Girard, s’est donné cinq ans pour atteindre l’équilibre budgétaire. Malgré le trou béant de 15 milliards de dollars dans les finances publiques, il a promis d’y arriver sans augmenter les impôts ni réduire nos services. Alors, qui va payer pour la crise ?

En 1997, Lucien Bouchard a dû mettre des milliers d’infirmières à la retraite pour atteindre le déficit zéro. Lorsque Philippe Couillard s’est engagé dans la même voie en 2014, il s’est engagé à « préserver à tout prix » les services « de santé, d’éducation et de soutien aux personnes vulnérables ». Nous connaissons la suite : l’austérité libérale a causé des milliers de décès inutiles dans les CHSLD et elle continue de faire des ravages dans nos hôpitaux.

Le déficit zéro, c’est toujours la même histoire. La dernière chose qu’on entend avant de sombrer, c’est que la piqûre ne fera pas mal.

Personne ne veut rejouer dans ce film-là. Les Québécois ont déjà beaucoup sacrifié depuis le début de la pandémie. Certains ont perdu leur emploi, leur commerce ; d’autres y perdent leur santé physique et mentale.

Les primes COVID-19 disparaissent une à une, nos salaires n’ont pas changé, mais tant que la pandémie dure, nous vivons le stress quotidien de travailler en première ligne.

Pendant que la grande majorité d’entre nous souffrait de la crise, d’autres en ont profité. Les inégalités ont explosé au point où un groupe de Canadiens riches a réclamé, en septembre, de payer plus d’impôts. Les institutions bancaires ont continué à facturer des intérêts malgré la détresse financière de leurs clients. Certaines grandes entreprises ont connu une forte augmentation de leurs ventes et de leurs profits grâce aux travailleurs essentiels, mais pas assez essentiels pour gagner autant que la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Ils ont profité de 20 ans d’allègements fiscaux et ils seront les premiers à profiter de la relance économique à venir. Pourtant, M. Girard ne demande aucune contribution supplémentaire aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), aux supermarchés, aux géants du commerce du détail ou aux contribuables les plus fortunés. Qui va payer pour la crise ? C’est nous. Encore.

Nous sommes fiers de notre contribution à la lutte contre la COVID-19. Nous ne demandons pas de traitement de faveur. Nous demandons simplement que l’effort collectif soit vraiment collectif. Depuis huit mois, nous sacrifions notre santé et notre qualité de vie pour garder le bateau à flot. Nous avons fait notre juste part. À leur tour de faire la leur.

* Consultez la liste des signataires