Selon les chiffres de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), 6500 personnes sont malheureusement mortes de la COVID-19 depuis mars dernier. Rappelons-le : 92 % d’entre elles étaient âgées de plus de 70 ans et de celles-ci, 81,5 % résidaient dans les CHSLD, les ressources intermédiaires (RI) et les résidences privées pour aînés (RPA).

Joanne Marcotte Joanne Marcotte
Réalisatrice de L'illusion tranquille et auteure de Pour en finir avec le gouvernemaman

Plus encore, une étude démographique publiée par deux chercheurs de HEC Montréal suggère que le tiers des Québécois à qui on a attribué la cause de la mort à la COVID-19 lors de la première vague (près de 2000 personnes) seraient, malgré tout, morts d’autres causes dans les semaines suivantes.

Constats : le nombre de morts qu’on aurait peut-être pu éviter est, en vérité, autour de 4500 personnes, dont la très forte majorité est âgée de 70 ans et plus et réside dans les établissements du système de santé. Si on faisait abstraction du nombre de morts qui ont eu lieu dans ces trois types de résidences, le nombre de morts depuis le début de la pandémie serait de 1208. Pour tout le Québec. Depuis mars 2020 ! À titre comparatif, la Fondation québécoise du cancer estime que 22 400 personnes mourront du cancer en 2020 au Québec.

« Aidez-nous à sauver des vies », nous demande le premier ministre. Des vies fauchées par la COVID-19, on s’entend. Quant aux autres, alors là, ça devient : « Aidez-nous à sauver le système de santé ».

Seulement voilà. Il n’y a rien, mais absolument rien de plus que l’honnête citoyen respectueux des consignes puisse faire pour éviter les éclosions dans les milieux vulnérables sous la responsabilité de l’État.

Cette responsabilité est celle du gouvernement et des gestionnaires de ces établissements.

Martine Biron, de Radio-Canada, rapporte qu’il y aurait malaise et nervosité parmi les députés de la CAQ. Une vingtaine de circonscriptions seraient « fragiles », apprend-on. Malaise, vous dites ?

Parlons malaise. Le malaise est celui d’une population qui fait tout ce qu’il faut pour diminuer le risque, mais qui constate jour après jour qu’elle est la seule à payer le prix de négligences provenant du gouvernement lui-même et des gestionnaires des « systèmes » censés s’être mieux préparés pour une secousse dans les régions épargnées au printemps.

Malaise, parce que si certains secteurs d’activités se voient asphyxiés par des contraintes leur enlevant toute source de revenus, si les relations humaines sont rationnées à un point qui cause détresse et anxiété, si les plus jeunes cohortes témoignent avec désespoir et impuissance que leur vie est désormais sur mute, c’est que la priorité des priorités était d’éviter les morts dans les établissements gérés par le gouvernement lui-même.

Apprendre cette semaine qu’il y a encore de la mobilité de personnel soignant entre les zones rouges et jaunes est incompréhensible. Apprendre que le ministre de la Santé, Christian Dubé, réfléchit encore pour ce qui est de l’utilisation des tests rapides de dépistage. Vraiment ?

Les fameux « SWAT teams » qui ont censément été mis en place pour contenir les éclosions dans les milieux vulnérables, ils étaient où ? Bien malaisant de blâmer le personnel… mais si les syndicats veulent se rendre utiles, n’est-il pas permis d’organiser les lieux de pause si c’est là qu’on voit un risque de relâchement ? C’est pas permis, ça ?

Exiger davantage de la population, des jeunes, des cégépiens et des universitaires en particulier qui, en plus d’hériter d’une dette phénoménale, hériteront de systèmes mastodontes irréformables est immoral.

Le système de santé imperméable à toute réelle amélioration trahit le principe même de l’universalité des soins. La population est prête et attend. Selon un sondage effectué par l’Institut économique de Montréal (IEDM), 75 % des Québécois aimeraient que l’État permette un accès accru à des soins offerts par des entrepreneurs privés en santé pourvu qu’ils demeurent couverts par le gouvernement.

Les échecs de la gouvernance Legault en matière de pandémie sont cuisants. Le mastodonte n’a plus de crédibilité aux yeux des citoyens et l’État gestionnaire est impuissant. Mercredi, le ministre de la Santé a avoué que le gouvernement aurait dû s’occuper, durant l’été, de la ventilation dans les écoles. Il en serait à former un comité, semble-t-il, selon une porte-parole du Parti québécois. N’y a-t-il pas des directeurs dans ces écoles ? Pourquoi ne pas leur faire confiance, accorder les budgets et procéder ? Procédez, bon sang !

La stratégie du premier ministre Legault est de plus en plus limpide : attendre le vaccin. En effet, impuissant et incapable d’exiger davantage d’une population essoufflée, c’est à se demander s’il n’a pas baissé les bras. Pour se défendre, il aimerait bien que l’on porte notre regard ailleurs. Il faut s’y refuser. Le problème, il est chez nous, et semoncer la population n’est plus une option.

Il semble que le gouvernement songe à une stratégie pour le temps des Fêtes. Je suggère de confiner le gouvernement. Son devoir ? S’atteler à faire exécuter un plan d’action crédible d’ici le vaccin.