Vous voulez savoir comment on se sent quand on souffre de maladie mentale ?

Stéphanie Auclair
Stéphanie Auclair Montréal

Au-delà de la souffrance, de la honte, de la frustration, de la déception et du désespoir, on se sent abandonné. Abandonné par un système de santé qui est tout sauf en santé. Abandonné par des décideurs qui font tout sauf décider. Abandonné par des soignants qui nous jugent plutôt que de nous soigner. Abandonné par une société qui se dit préoccupée pour nous… une journée par année.

Je me souviendrai toute ma vie de ce matin du 20 janvier 2013. En pleurs et épuisée, c’est ce matin-là que j’ai mis le genou à terre et que j’ai décidé d’aller chercher de l’aide, pour vrai. C’est ce matin-là que je me suis avouée vaincue, que je me suis avoué que j’avais besoin de beaucoup plus qu’une visite chez le psy une fois par semaine. C’est ce matin-là, armée de tout mon courage du haut de mes 92 livres, que j’ai franchi la porte des urgences de l’hôpital de Saint-Jérôme pour me protéger de moi-même. C’est ce matin-là, accompagnée de mes parents à la fois inquiets pour moi et soulagés de ma démarche, que j’ai vidé mon sac dans le bureau d’une psychiatre aussi blasée qu’insensible.

Malgré cette réception qui me donne encore froid dans le dos quand j’y pense, j’ai eu la « chance » qu’on accepte de me garder sur place. Après quatre jours abandonnée à moi-même sur une civière dans le corridor, on m’a enfin emmenée dans une chambre en psychiatrie. J’avais peur, mais j’étais tellement soulagée d’avoir enfin trouvé des gens pour m’aider ! J’étais tellement fière de moi, d’avoir osé franchir ce pas de géant en me délestant de tous les mensonges que j’avais accumulés au fil des années pour me faire croire que j’étais capable de m’en sortir toute seule ! Enfin, je pouvais commencer à guérir.

Quelle illusion ! Moi qui pensais trouver en ce lieu de l’aide, des soins et de la compassion… J’y ai plutôt découvert un cimetière vivant où l’on corde les poqués de la vie en les bourrant de pilules dans l’espoir qu’ils ne dérangent pas trop le personnel qui joue aux cartes.

J’ai été hospitalisée pendant six semaines. En six semaines, j’ai vu le psychiatre trois ou quatre fois à coups de 10 minutes. Aucun rendez-vous avec un psychologue, aucun suivi, aucun intérêt pour cette boulimique qui occupait un lit de trop sur un étage déjà trop plein. Aucune compassion, aucun conseil, aucune thérapie.

Comment espère-t-on aider ceux et celles qui souffrent encore plus que moi quand on n’arrive même pas à offrir un minimum de soins et d’humanité à une femme qui ne demande qu’à être aidée ? Comment justifie-t-on que les vétérinaires prennent mieux soin des animaux que les gouvernements prennent soin des êtres humains ?

Chose certaine, ça va prendre beaucoup plus que 100 millions de dollars… Parce qu’avec cette somme-là, on ne fait pas grand-chose de plus que de se donner bonne conscience. Certains diront que c’est au moins un pas dans la bonne direction. C’est vrai. Mais se faire offrir une paire de “gougounes” pour amorcer l’ascension de l’Everest, disons que ça crée peu d’excitation.

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