Nous avons vu bien des choses se déployer sous nos yeux en 2020. Nous avons vu la panique, la dévastation, l’introspection et le militantisme.

Caroline Codsi, Monique F. Leroux et Norm Steinberg
Respectivement présidente fondatrice et coprésidents du conseil d’administration, La Gouvernance au Féminin*

Et nous avons vu des engagements sous forme d’innombrables promesses de « mieux reconstruire » notre monde, uniquement concrétisées par des hashtags ou des déclarations d’entreprises qui se veulent sincères, mais qui n’agissent pas. Ce n’était pas suffisant avant, ça l’est encore moins maintenant.

L’impact dévastateur de la COVID-19 sur les femmes et les communautés noires, autochtones et de couleur (BIPOC) nous rappelle le retard que nous accusions depuis le début. Pendant des années, les chefs d’entreprise ont abondamment parlé du sujet de la diversité et du leadership féminin. Pourtant, même avant la pandémie, il nous fallait déjà 180 ans pour atteindre la parité des genres. Pourquoi ? Parce que les engagements ne sont pas des actions concrètes et que les hashtags ne sont pas synonymes de changement.

À l’échelle mondiale, moins de 8 % des PDG du Fortune 500 sont des femmes ; dans les entreprises canadiennes, ce chiffre est inférieur à 4,4 % et les femmes occupant des postes de direction gagnent encore environ 68 cents pour chaque dollar gagné par leurs homologues masculins ; en matière de gouvernance ; 174 des 641 entreprises publiques canadiennes ne comptent aucune femme au sein de leur conseil d’administration ; bien que ce chiffre diminue trop lentement, la représentation des femmes des communautés BIPOC, LGBTQ ou ayant un handicap est encore plus faible.

La pandémie nous a apporté une accélération fulgurante de la numérisation et la transformation profonde de nos milieux de travail.

Faisons en sorte que les bouleversements auxquels nous sommes confrontés soient un catalyseur de changement, et alors qu’on parle d’une récession au féminin et d’une reprise au masculin, nous choisissions une reprise sur le thème de la diversité, de l’équité et de l’inclusion.

C’est la seule manière d’éviter un recul de plusieurs décennies.

Si les consciences s’éveillent enfin sur ces problématiques, La Gouvernance au Féminin, pour sa part, soutient la progression des entreprises sur le chemin de la parité depuis plus de 10 ans au moyen d’évènements, de programmes de formation en gouvernance et de mentorat, et surtout de la « Certification Parité ».

Il est évident que les belles paroles ne suffisent plus. Le progrès ne peut être atteint que grâce à des actions concrètes, cohérentes et réfléchies. Les entreprises doivent investir les ressources nécessaires pour mieux comprendre leur positionnement sur le spectre de la parité et pour s’assurer d’un bassin de talent féminin grandissant. Le tout en prenant soin de soutenir particulièrement les femmes issues de communautés sous-représentées et ainsi favoriser non seulement la diversité, mais l’inclusion ! La voix de ces employées doit être amplifiée en leur donnant une visibilité interne et externe, non seulement pour améliorer la réputation d’une entreprise, mais surtout pour inspirer la relève de femmes cadres issues de la diversité.

Les organisations qui prennent des mesures concrètes grâce à la Certification Parité ont développé des pratiques durables en matière de diversité, d’équité et d’inclusion.

Nos recherches sont claires : ceux qui cherchent des talents diversifiés les trouvent, ceux qui ne les cherchent pas trouvent des excuses.

Alors que le Canada est sur la voie de la reconstruction, le secteur privé devra prendre des décisions qui avantagent à la fois les parties prenantes et les actionnaires pour ne pas risquer de perdre l’appui de clients de plus en plus attachés à des valeurs fondamentales. C’est ce qui se déroule lorsque la diversité est présente dans les organes décisionnels.

Même si nous nous devons d’accélérer le rythme du changement, nous savons que le progrès ne se fera pas du jour au lendemain. C’est une discussion continue sur les attentes que nous avons face à nos dirigeants et sur les objectifs que notre société se fixe pour réaliser ses ambitions.

La Gouvernance au Féminin poursuivra cette conversation les 12 et 13 novembre lors du sommet mondial de la parité, où nous entendrons des témoignages de femmes exceptionnelles, pionnières dans leurs domaines, et qui représentent le nouveau visage du leadership à l’échelle mondiale.

Mais cette conversation doit se tenir dans les salles de conseils d’administration, dans les milieux de travail et dans toutes les sphères de la société afin de s’assurer que nous continuons à façonner le monde tel que nous voulons le voir. Il n’est plus acceptable d’imputer nos progrès, malheureusement trop lents, à un manque de talent ou de savoir-faire. Si nous avons appris quelque chose au cours des huit derniers mois, c’est que notre avenir sera construit par ceux qui n’ont pas eu voix au chapitre dans le passé.

Nous ne pouvons plus attendre encore 180 ans. Accélérons ensemble le changement !

* Monique F. Leroux est également vice-présidente du conseil de Gestion Fiera inc. et présidente du Conseil sur la stratégie industrielle du gouvernement du Canada ; Norm Steinberg est vice-président du Conseil BFL.