Ainsi donc, on va se remettre à parler de santé mentale à la télévision et dans les journaux. Ainsi donc, tu vas t’y intéresser toi aussi pour quelque temps, car un drame épouvantable est survenu pas loin de chez toi.

Élise Turcotte
Élise Turcotte Autrice

Mais si tu commences à t’y intéresser parce que tu as peur pour ta vie, parce que tu as peur de la violence, tu fais fausse route, encore une fois. Car la très grande majorité des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ne sont pas violentes, sinon contre elles-mêmes.

Parce que la violence, c’est le poids qu’un monde de plus en plus difficile à habiter transfère sur les épaules des personnes les plus sensibles. Parce que la violence, ce sont les boucs émissaires qui la vivent, ceux dont plusieurs se servent pour ne pas assumer leur propre folie. Parce que la violence, c’est la dépression qui te guette et te suis comme une ombre, contre laquelle tu te bats avec une force que personne ne peut mesurer et qui finit quand même par te jeter à terre au milieu du noir novembre.

Parce que la violence, c’est la discrimination que tu dois subir, de l’école à ton travail que tu vas quitter pour ne plus avoir à t’épuiser à ressembler aux autres ; discrimination qui te poursuivra jusque dans les hôpitaux où, parce que la mention troubles de santé mentale est inscrite à ton dossier, on refusera de te croire si tu viens pour un problème physique, où on ne te donnera pas les bons médicaments si tu souffres, car tu as déjà un actif d’automédication à ton dossier, où on te servira une morale paternaliste au lieu de te soigner, d’où les conséquences qui pourraient bien mettre ta vie en danger.

La violence, c’est aussi une partie des gens qui t’entourent (quand il en reste) qui préfèrent à un moment donné passer au déni et dire que ça va bien aller, voyons, que ça ne peut pas être aussi pire que tu le dis.

Une infirmière m’a dit un jour : vous n’avez aucune idée du degré épouvantable de souffrance que ces personnes supportent. La violence, c’est ça : la souffrance. Ce sont les multiples diagnostics qui sont inscrits dans ton dossier et qui font que tu es ballottée d’un hôpital à un autre depuis des années parce que tu n’es pas une patiente exemplaire, parce qu’à la base des soins qui te sont offerts, le principe coercitif est souvent roi, et parce que jamais on ne perçoit la globalité de ta personne. Et la violence, c’est maintenant d’entendre que ça prend un débat de société sur la santé mentale alors que ça fait des décennies qu’on crie au secours.

Ce n’est pas d’un débat autour de la santé mentale dont nous avons besoin. Nous avons besoin de soins gratuits, d’un changement de paradigme dans la façon d’envisager ces soins, nous avons besoin d’un revenu minimum garanti pour sortir les gens de la pauvreté, car la violence, c’est aussi ça : être en mode survie à tous les points de vue tous les jours de ta vie. Il y a eu un drame, oui, c’est horrible. Mais SVP, ne stigmatisons pas davantage les personnes aux prises avec la maladie.