Patrick Lagacé a entièrement raison quand il écrit que le mal est fait*.

Ronald Morris Ronald Morris
Professeur retraité de la faculté d'éducation de l'Université McGill

Le résultat de l’élection présidentielle américaine, qu’importe qui finit par gagner, est une défaite écrasante pour tous ceux qui aspiraient à une Amérique meilleure, une Amérique plus noble, plus juste et plus intelligente. Il y a eu la Grande Dépression et la Grande Guerre. Et maintenant, nous devons trouver un moyen de passer au travers de la Grande Désillusion.

Dans le New York Times du 4 novembre, on écrit que c’est assez incroyable de voir que Donald Trump soit aussi compétitif malgré tout : des enfants enfermés dans des cages, le nombre élevé de morts depuis le début de la pandémie et tout le reste. En fait, il faut se rendre à l’évidence : c’est ça, l’Amérique.

La victoire de Trump est une victoire pour l’immoralité, c’est-à-dire une victoire pour l’injustice, l’individualisme, la manipulation, le mensonge, l’indignité, et j’en passe.

Après le déclin de l’empire américain, voilà la désintégration de l’empire américain, un empire qui perd progressivement tous ses repères moraux.

Malheureusement, on ne peut pas se consoler en se disant qu’on fait face à un problème strictement américain. On ne peut pas se dire « tant pis pour eux, qu’ils se débrouillent avec leurs troubles ». Personnellement, je serais tenté de dire que la liberté absolue revendiquée par les Américains doit nécessairement inclure la liberté de s’autodétruire, si tel est leur choix.

Même si on décidait de tourner le dos à l’actualité américaine pour retourner à notre train-train quotidien, les réverbérations d’une Amérique trumpiste vont se faire sentir partout dans le monde. Il ne nous reste qu’à attacher nos tuques et serrer nos ceintures, car la route vers un monde plus juste et plus sain sera longue et cahoteuse.

L’auteur américain Parker Palmer écrit qu’on ne devrait pas prendre en pitié quelqu’un de désillusionné. On devrait plutôt, croit Palmer, le féliciter, car la désillusion est souvent le début d’un changement radical. J’espère que M. Palmer a raison.

*Lisez « Le mal est fait »