Les Canadiens devraient recevoir les meilleurs traitements disponibles sans avoir à quitter le pays

Nadine PrÉvost
Nadine PrÉvost Directrice, services communautaires, de la Société de leucémie et lymphome du Canada, et plusieurs cosignataires*

Au cours de la dernière semaine, le gouvernement fédéral a pris la décision de procéder à certaines modifications réglementaires qui limiteront l’accès des Québécois à de nouveaux médicaments qui peuvent changer leur vie.

Cette décision prend également le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, ainsi que ceux des autres provinces, en otage. Cette démarche déconcertante vient limiter leurs efforts pour offrir une médicamentation moderne à leur réseau de la santé respectif, particulièrement important dans le contexte actuel de la pandémie. En tant que représentants d’organismes de bienfaisance et de groupes qui représentent des millions de patients de partout au pays, nous avons le devoir de nous exprimer et de demander au gouvernement de reconsidérer ces changements. La vie de millions de Canadiens en dépend.

Ces changements réglementaires signifieront que nous aurons accès à moins d’essais cliniques et à moins de thérapies de pointe susceptibles de sauver des vies.

Cette situation pourrait obliger certaines personnes, du moins celles qui en ont les moyens, à quitter le pays pour bénéficier des meilleurs soins médicaux disponibles. Cette idée ne reflète pas celle d’un système de santé dont nous pouvons être fiers et certainement pas celle d’un système de santé sur lequel nous pouvons compter pour nous fournir les médicaments dont nous avons besoin.

Nombreuses avancées

Les avancées en oncologie ont été nombreuses et importantes au cours de la dernière décennie grâce à l’innovation en santé, l’existence d’essais cliniques et la recherche. À titre d’exemple, dans le traitement du myélome multiple, le taux de survie global a doublé en raison de l’introduction de nouveaux médicaments. Par ailleurs, le taux de survie chez les personnes ayant reçu un diagnostic de cancer du sang a doublé, triplé et, dans certains cas, quadruplé depuis 1960. Le lymphome hodgkinien, quant à lui, est désormais l’une des formes de cancer les plus traitables et le taux de survie à des maladies mortelles telles que la leucémie myéloïde aiguë augmente chaque année. Ces avancées doivent se poursuivre.

Le monde est au bord de percées scientifiques incroyables qui permettront d’offrir de meilleurs traitements susceptibles d’améliorer et de sauver plus de vies.

Dans certains cas, ces traitements peuvent arrêter la progression de la maladie, tandis que d’autres peuvent inverser des dommages causés par celle-ci. Si le gouvernement adopte les changements proposés, certains Canadiens devront choisir entre rester au Canada pour se faire soigner avec des traitements moins dispendieux, désuets et moins efficaces, ou aller à l’étranger pour se procurer des traitements plus efficaces.

L’accès aux meilleurs traitements peut faire la différence pour des Canadiens entre la vie et la mort. À titre de défenseurs des patients, nous sommes forcés de nous prononcer sur cet enjeu.

Nous demandons au gouvernement de collaborer avec nous afin de trouver une solution qui assurera l’accès des Canadiens aux meilleurs traitements. Le gouvernement peut trouver un moyen de réduire le coût des médicaments sans mettre en danger notre santé. Cela ne sera possible que si nous reprenons le dialogue en incluant sérieusement la voix des patients.

Le gouvernement fédéral doit reconsidérer les changements qu’il propose. Il doit trouver le juste équilibre entre la réduction des coûts et l’assurance que les Canadiens continueront d’avoir accès à des traitements de classe mondiale et à des thérapies vitales, maintenant et dans le futur. Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas trouvé cet équilibre. Et les Canadiens méritent mieux.

* Organisations cosignataires : Association canadienne de soins palliatifs, Cancer colorectal Canada, Cancer de l’ovaire Canada, Coalition priorité cancer au Québec, Fibrose kystique Canada, Fondation du cancer du sein du Québec, Fondation Lung Health, MitoCanada, PROCURE – Halte au cancer de la prostate, Réseau canadien des survivants du cancer, Société canadienne de la SLA, Vaincre la cécité Canada