En réponse au texte de Patrick Déry, « Panier bleu et pilules bleues »*, publié le 31 octobre

Pascal Leduc Pascal Leduc
Président, Leduc stratégie et gestion commerciale inc.

M. Déry, j’ai lu votre contribution dans La Presse du 31 octobre dernier sur le nationalisme économique, une idée qui, vraisemblablement, vous épouvante et pas seulement le jour de l’Halloween. Bien que vos inquiétudes au sujet des grandes subventions, du copinage, du dirigisme et des risques qu’on prend avec notre trésor public soient légitimes, je crois qu’il est illusoire de les utiliser comme définition unique du nationalisme économique d’aujourd’hui pour mieux le condamner.

Premièrement, de grands scandales entourant Bombardier et SNC-Lavalin n’ont pas mis en scène des gouvernements nationalistes. Bien au contraire. Si vous croyez qu’enrayer le nationalisme économique ramènera la vertu chez nos dirigeants, l’histoire très récente devrait vous convaincre du contraire.

Aujourd’hui, outre la droite libérale gesticulant devant la remise en question d’une mondialisation qu’elle croyait durable, vous pouvez constater que les prises de position en faveur d’une économie locale forte et des politiques sectorielles interventionnistes ne suscitent pas de levées de boucliers.

Au contraire, la question des circuits courts et d’un rapatriement de production de certains biens essentiels sensibles (comme les médicaments) est au cœur d’une discussion s’insérant dans un nationalisme économique moderne qui répond aux effets délétères de la mondialisation. D’autres discussions sont aussi au rendez-vous pour protéger nos PME agroalimentaires contre les abus de dominance de grandes entreprises, situation justement dénoncée par la cheffe de l’opposition. Certains réclament même un bureau de la concurrence au Québec et un code de conduite.

On est loin des nationalisations, du copinage, des « petits amis » et assez près d’un nationalisme économique moderne, décomplexé et protégeant les Québécois des carences d’une mondialisation laissée à elle-même. Et on est aussi loin des ironies sur le papier de toilette. Quant au Panier bleu, on l’a lancé à la hâte et en plein brouillard covidien… on y trouve des millions de produits et un nouveau corridor pour contrer la marginalisation des produits locaux dans l’offre des GAFA. On peut effectivement critiquer ses initiatives et demander des ajustements, mais ne s’agit-il pas d’une initiative moderne et légitime pour promouvoir notre économie locale ?

Pour terminer, vous parlez aussi du risque et des erreurs, dont vous semblez avoir horreur. Je n’ai pas encore rencontré un seul entrepreneur n’ayant jamais fait d’erreur. Vous ? Si on était si frileux, jamais la Caisse de dépôt, Hydro-Québec, les REA, le secteur multimédia n’auraient vu le jour. Ou le programme national de garderies permettant à de talentueuses femmes québécoises de contribuer à la croissance de nos entreprises. Il est sain que l’on questionne le gouvernement, que l’on dénonce le gaspillage mais la réponse ne saurait être le laisser-aller économique et l’agitation d’épouvantails. Même le jour de l’Halloween.

* Lisez « Panier bleu et pilules bleues »