Cette lettre s’adresse au premier ministre du Québec, François Legault.

Claudine Roy et Jean Bédard
Respectivement de l’Auberge sous les arbres (Gaspé) et du Groupe Sportscene, et plus de 35 signataires*

Monsieur le Premier Ministre, la pandémie est loin d’être terminée et vous avez – avec raison – rappelé à la population qu’on allait devoir apprendre à vivre avec certaines mesures sanitaires pendant plusieurs mois encore. Or, nous nous regroupons aujourd’hui pour vous faire part de situations qui touchent directement notre industrie – celle de la restauration – et que l’on ne peut plus se permettre de passer sous silence.

Le 1er octobre dernier, certaines régions sont entrées en zone rouge pour une période de 28 jours. Ces 28 jours tirent à leur fin et nous sommes toujours dans l’incertitude quant à la suite des choses. Nous vous écrivons aujourd’hui pour vous faire part de nos grandes préoccupations et avoir l’heure juste sur une fermeture temporaire qui prend des allures de confinement.

Tout d’abord, notre première préoccupation touche les travailleurs, de façon directe ou indirecte, qui sont employés dans nos restaurants, principalement des jeunes. Aujourd’hui, particulièrement en zone rouge, mais également en zone orange, la très grande majorité de ces employés se retrouvent sans travail. Fermer les salles à manger a un impact immense sur la santé mentale des gestionnaires et des employés de l’industrie qui sont, dans de (trop) nombreux cas, épuisés, anxieux, pratiquement sans ressources et ne voient pas le bout du tunnel, puisqu’aucune date de réouverture définitive n’est avancée.

Nous comprenons que la fermeture de nos salles à manger se fait dans le but de restreindre la socialisation, mais on commence également à remarquer le besoin d’un contact social minimal pour préserver la santé mentale de la population. Nos établissements offrent un environnement sécuritaire autant pour nos employés que pour les consommateurs. Grâce à l’application rigoureuse des mesures sanitaires, nous n’y avons connu aucune éclosion. Nous croyons donc que nous pouvons offrir ce lieu aux consommateurs qui peuvent combler autant un besoin de base (se nourrir) que celui d’un contact social encadré.

Ainsi, pourquoi le Québec ne prendrait-il pas exemple sur les pays scandinaves, la France, l’Italie, l’Espagne et d’autres pays qui, malgré la deuxième vague, ont maintenu les salles à manger ouvertes en jugeant – données à l’appui – qu’elles n’étaient pas sources d’éclosions et qu’elles contribuaient à maintenir l’équilibre social et économique ?

Les restaurateurs, employés et fournisseurs de l’industrie – qui représentent, ensemble, plusieurs centaines de milliers de Québécois – ont fait d’immenses sacrifices lors du confinement. Alors qu’ils étaient sans revenu depuis plusieurs mois, c’est tous ensemble, en se serrant les coudes et en s’entraidant qu’ils ont investi temps, argent, énergie et volonté pour pouvoir rouvrir et offrir aux consommateurs un environnement sécuritaire qui répond à toutes les règles sanitaires en place. Nous croyons que l’industrie est en droit de connaître les motifs et les données ayant mené aux fermetures afin d’améliorer nos processus, d’éviter de futures restrictions et de faire partie de la solution.

C’est aussi l’entièreté de la chaîne d’approvisionnement (production, transformation, transport, opération, etc.) qui a dû s’adapter et qui se retrouve aujourd’hui les mains liées, devant un mur. Et cela sans parler des impacts sur les commerces qui peuvent demeurer ouverts – hôtels et spas, par exemple –, mais qui ne peuvent exploiter leur salle à manger et sont donc contraints de fermer ou d’éponger un déficit qui sera difficile, voire impossible à surmonter.

Nous sommes très conscients du sérieux de la pandémie qui frappe toute la planète depuis maintenant plus de sept mois et des dangers qu’elle représente pour la population. Nous souhaitons partager notre très grande préoccupation quant aux facettes psychologiques et économiques de cette crise qui auront aussi des impacts sur la santé de nos travailleurs et de nos clients.

En tant que père, leader, homme d’affaires et premier ministre, nous sommes persuadés que vous partagez ces préoccupations. C’est pourquoi nous vous demandons de réévaluer rapidement la situation actuelle de l’industrie de la restauration et de permettre la réouverture des salles à manger, et ce, partout au Québec. Nous sommes prêts à collaborer avec vous, comme toujours, pour assurer une réouverture sécuritaire dans le respect des directives sanitaires.

* Cosignataires : Richard Scofield, président-directeur général du Groupe St-Hubert ; Éric Lefebvre, président et chef de la direction du Groupe d’Alimentation MTY ; Norbert Gagnon, président-directeur général des Restaurants Normandin ; Peter Mammas, président et chef de la direction de Foodtastic ; Alain Mailhot, président-directeur général de l’Association Restauration Québec ; David B. Lefebvre, vice-président Aff. fédérales et Québec des Restaurants Canada ; Jérôme Ferrer, grand chef Relais & Châteaux des Restaurant Jérôme Ferrer par Europea ; Christiane Germain, coprésidente de Germain Hôtels ; Carlos Ferreira, président de Groupe Ferreira ; Alain April, copropriétaire et directeur général de La Bonne Entente ; Richard Sénéchal, président de Service alimentaire Gordon/Province de Québec ; François Nolin, président d’Archibald microbrasseries ; Louis McNeil, copropriétaire et fondateur des Restaurants Cosmos ; Mathieu Dumulong, vice-président ventes du Groupe Colabor ; Marie Létourneau, propriétaire de Resto Délice ; Bernard Duchesne, président de Top Glaciers ; Pierre Pouliot, directeur général de J. G. Fruits et Légumes – Saveur Ultime ; Pierre Moreau, président-directeur général du Groupe Restos Plaisirs ; Michel Jasmin, président, division du Québec, d’Inform brokage ; Hugues Philippin, propriétaire de Chic Alors ; Michel Moreau, propriétaire de La Tyrolienne ; Jacques Talbot, président du conseil d’administration de l’Association des restaurateurs Q. S. P. ; Hugues Bourque, président du Groupe Zibo ; Nicolas Filiatrault, vice-président, finances et administration, de Benny & Co. ; Pierre-Marc Tremblay, propriétaire et président du conseil de Pacini ; Guy Larivée, président-directeur général de Hector Larivée ; Pierre Bayard, vice-président ventes et marketing, de Dubord & Rainville inc. ; René Proulx, président-directeur général d’Exceldor ; Richard Davies, vice-président principal, ventes et markeking, d’Olymel ; Jean-Guy Prévost, président de Fût Idéal ; Pierre Demers, vice-président ventes services alimentaires, de Bridor ; Stéphane Petit, président de Les vergers Petit et Fils ; Mira Natal, vice-présidente, ventes, de Vins Arterra Canada ; Flavio Corneli, président de Cuisine Alimentra Foods ; Sylvie Cloutier, présidente-directrice générale du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ) ; Patrice Léger-Bourgoin, directeur général de l’Association des brasseurs du Québec ; Rémi St-Arneault, directeur des ventes sénior de Michel St-Arneault ; Philippe Gadoua, président de Les Aliments Mejicano