À moins de deux semaines de l’élection du 3 novembre et à quelques heures du dernier débat entre Donald Trump et Joe Biden, les comparaisons se multiplient entre les dénouements de la présente campagne présidentielle et celle de 2016.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Tout comme il y a quatre ans, les sondages montrent que c’est le candidat démocrate qui mène à l’échelle nationale et dans plusieurs États-clés. Mais, bien sûr, tous se souviennent du résultat-surprise de 2016… Donc, prudence oblige !

En 2016, Donald Trump avait perdu le vote populaire par près de trois millions d’électeurs, mais il avait gagné le collège électoral, l’instance décisionnelle pour accéder à la présidence. C’est sa victoire inattendue dans trois États pourtant démocrates depuis le début des années 90 – le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie – qui lui a donné les clés de la Maison-Blanche.

Le total des votes en faveur de Trump dans ces trois États fut d’à peine 78 000. Mais bon… il a tout de même réussi à déjouer tous les calculs. Peut-il répéter l’exploit cette année ?

Les démocrates sont loin de tenir la victoire pour acquise. Les organisateurs de Joe Biden prévenaient d’ailleurs le week-end dernier que Trump peut à nouveau se faufiler en tête dans la dernière étape de la campagne.

Même si ces propos, on s’en doute bien, ont d’abord pour but de motiver l’électorat démocrate, et surtout l’empêcher de pécher par excès de confiance.

Déjà, au-delà de 30 millions d’Américains ont exercé leur droit de vote par anticipation. Pour les observateurs aguerris, cette importante participation laisse présager une tendance en faveur du ticket Biden-Harris. Est-ce un indice que les démocrates ont tiré les leçons de 2016 alors qu’ils n’avaient pas réussi à faire leur plein d’électeurs ?

Un regard sur les sondages

La grande différence entre les enquêtes d’opinion de 2020 et celles de 2016 réside dans la stabilité des données.

Depuis quelques mois déjà, Joe Biden mène sur le plan national par plus de 10 %, sans compter que plus de 50 % des électeurs enregistrés affirment qu’ils voteront pour lui le 3 novembre. Il maintient aussi une avance constante dans les trois États-clés qui ont contribué à la défaite de Hillary Clinton il y a quatre ans.

Mais contrairement à 2016, le bilan et la performance du président Trump se trouvent maintenant au cœur de cette élection. Et pour plus de 60 % d’Américains, la gestion de la pandémie constitue un enjeu crucial dans leur choix de vote.

Le sondeur québécois Jean-Marc Léger, dont la firme est à pied d’œuvre sur le terrain aux États-Unis, remarque que l’avance en faveur de Biden se creuse de semaine en semaine. De plus, Léger n’a jamais constaté un si petit nombre d’indécis à un stade aussi avancé de la campagne.

On peut cependant prévoir que la base électorale de Donald Trump lui restera fidèle et fera preuve d’une énergie sans égale la journée du vote.

Mais pour se faire réélire, Trump doit attirer de nouveaux électeurs. Or, les sondages montrent le contraire.

Pendant ce temps, Biden gagne du terrain auprès des personnes âgées et des femmes blanches vivant en banlieue. Les récentes tentatives de Trump de courtiser ces deux clientèles démontrent que la tendance est réelle.

Les ratés de la campagne de Trump

La gestion de la pandémie demeure en effet le thème dominant de la campagne présidentielle. Les États-Unis, qui représentent 4 % de la population de la planète, comptent pourtant 20 % des cas d’infection et de morts dus à la COVID-19.

L’insouciance de Trump et son propre diagnostic de coronavirus ont contribué à créer la confusion. Il ne cesse d’affirmer que la COVID-19 est en voie de disparaître, et ce, pendant qu’on assiste à une remontée des cas d’infection dans une majorité d’États américains.

Sa récente sortie contre le réputé DAnthony Fauci touche la crédibilité même du président. Tout cela pendant que plusieurs de ses partisans ne portent pas de masque et ne pratiquent pas la distanciation physique lors de ses grands rassemblements…

Autant Trump continue de se vanter d’avoir créé avant la pandémie « la meilleure économie de l’histoire » et de prédire sa reprise rapide, autant il n’a pas réussi jusqu’ici à présenter une vision et un programme clairs de ce que serait un deuxième mandat sous sa gouverne.

Son style de campagne est d’ailleurs semblable à son approche envers la gouvernance : imprévisible, sans discipline et clivante pour les Américains. Son hésitation à reconnaître les résultats de l’élection en cas de défaite et sa mollesse à condamner les groupes suprémacistes blancs n’en sont que quelques exemples.

Comme le contrôle du Sénat est devenu un enjeu de cette présidentielle, Trump attaque aussi au moyen des médias sociaux non seulement des sénateurs démocrates, mais aussi certains sénateurs de son propre parti qui osent exprimer leur dissidence. Récemment, les républicains Ben Sasse du Nebraska et Susan Collins du Maine encaissaient ses coups.

La piètre performance du président lors du débat du 29 septembre et ses réponses incomplètes et controversées lors du town hall de jeudi dernier n’ont rien fait pour insuffler la confiance et attirer de nouveaux électeurs.

Cela se reflète également dans la cueillette de fonds. En septembre seulement, la campagne de Joe Biden récoltait 487 millions ; celle de Trump, 248 millions.

La dernière étape

Pour donner un second souffle à sa campagne, Donald Trump n’a pas le choix : il doit changer la donne. Depuis quelques jours, il multiplie les rassemblements dans des États qu’il a remportés en 2016. Ce qui donne lieu à des rallyes semblables à ceux qu’on a pu voir à la fin de la campagne de 2016.

Est-ce un signe que sa campagne reprend de la vigueur et que Trump pourrait à nouveau créer la surprise ? Ou est-ce un simple constat de sa part que la tendance ne lui est pas favorable ?

Pendant ce temps, la campagne de Joe Biden s’active à faire sortir les électeurs et mettre en garde contre la suppression du droit de vote dans des États-clés.

Dans le but de motiver les troupes, l’ancien président Barack Obama reprend aussi du service. Et contrairement à 2016, le Parti démocrate semble plus uni et plus enthousiaste derrière son candidat.

On peut s’attendre également à ce que Trump répète qu’il ne peut perdre cette élection que si elle est truquée, ajoutant au doute qu’il ne cédera pas le pouvoir avec élégance ou sans contestation au lendemain du 3 novembre.

La dissidence républicaine est aussi plus encline à se manifester contre Trump. On n’a qu’à penser aux propos négatifs d’ex-collaborateurs dont ceux, la semaine dernière, de son ancien chef de cabinet, le général John Kelly.

Cela étant dit, Trump peut encore nous réserver des surprises dans les derniers jours de la campagne. Mais est-ce que cela sera suffisant pour renverser la tendance ? Le débat de jeudi soir prend toute son importance.