Samedi dernier, l’Organisation mondiale de la santé a souligné, à l’échelle du globe, la Journée mondiale de la santé mentale. En ces temps de perturbation et de détresse, cette journée permet d’en appeler, globalement, à un investissement accru en santé mentale.

Anne-Marie Boucher
Responsable des communications du Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ)

Le même jour, une centaine de ressources communautaires et leurs alliés ont célébré au Québec la Journée de l’Alternative en santé mentale, et interpelé le gouvernement québécois afin qu’il adopte une approche globale en santé mentale, axée sur le respect des droits, l’action sur les conditions de vie des personnes et l’accès à une diversité de pratiques et d’approches en santé mentale.

Les statistiques inquiétantes révélées par différentes équipes de recherche depuis le printemps vont dans le même sens : on assiste à une croissance de la souffrance psychologique (notamment les symptômes liés à l’anxiété et à la dépression) et le système de santé mentale se retrouve incapable d’endiguer cette tendance.

La médication revient à être encore une fois une réponse prédominante si l’on se fie à la hausse de 20 % de prescriptions d’antidépresseurs depuis le début de la pandémie au Québec (1). Pire, des pratiques asilaires d’un autre siècle (enfermement, infantilisation, contention chimique) effectuent leur retour en force sous prétexte de sécurité sanitaire (2). Or, il nous semble impératif de réfléchir cette crise de santé mentale de façon globale, de manière à éviter une médicalisation celle-ci.

Décentrer le regard

Réfléchir la médicalisation, c’est décentrer le regard, quitter un instant des yeux l’individu en appel d’aide pour examiner son milieu et ses conditions de vie : son revenu est-il suffisant pour vivre ? Cette personne a-t-elle un toit sécuritaire, la capacité de se déplacer dans des lieux significatifs et aidants pour elle ? Est-elle victime de violence, est-elle ancrée dans une communauté solidaire et résiliente ? Vient-elle de perdre son emploi, craint-elle de perdre sa maison ? Plus d’antidépresseurs devrait-il être notre première réponse à ces réalités ?

Réfléchir la médicalisation nous engage à interpeller nos élu.e.s : ne pouvons-nous pas faire davantage pour protéger les droits sociaux et économiques de tous et toutes ? Le tristement célèbre « camping sur la rue Notre-Dame » fait-il partie, vraiment, de notre projet de société ?

Réfléchir la médicalisation, c’est aussi souhaiter que la souffrance ne soit pas systématiquement accueillie comme un enjeu médical, mais comme un enjeu qui fait partie de la condition humaine. Notre détresse face à l’incertitude, notre anxiété dans le cadre du télétravail-famille-toutte : ce ne sont pas des maladies biologiques ! Ce sont des inquiétudes et souffrances à écouter, à accueillir, et à transformer en capacité d’agir.

Agir autrement

L’incertitude, la perte de sens et l’impuissance, ça use. La reprise de pouvoir, quant à elle, protège la santé mentale. Pour éviter que la crise de la COVID-19 n’ait comme unique réponse de nous envoyer tous et toutes dans les bras d’Ativan, il faut avoir accès à des alternatives : groupes d’entraide et de parole, milieux de vie, entraide de voisinage, accès gratuit et rapide à la psychothérapie et aux autres alternatives qui nous font du bien. Bref, il faut avoir des lieux pour comprendre, se comprendre et se reconnecter à soi et aux autres, bref, ce que proposent, à leur échelle, les ressources alternatives en santé mentale depuis plus de 40 ans.

Plusieurs le disent : il faut pouvoir accueillir autrement, plus rapidement. Il faut cesser de déshabiller les services psychosociaux du réseau de la Santé (au profit de la santé physique) et privilégier l’action en prévention en santé mentale, dans des logiques volontaires et non-invasives. Il faut également tabler sur la force des groupes communautaires en santé mentale qui, déjà sous-financés avant la crise, ont, malgré les défis et les contraintes nouvelles, maintenu leurs portes ouvertes et offrent toujours du soutien à des milliers de citoyens et citoyennes.

On dit que la crise est une occasion d’apprentissage et de transformation. Utilisons cette crise pour sortir du statu quo et adopter une approche globale en santé mentale, enfin !

1. Lisez un article du Devoir

2. Selon plusieurs témoignages reçus notamment par Action Autonomie et le RRASMQ