La COVID-19 ne sera pas la dernière pandémie à laquelle le monde devra faire face. Afin de mieux comprendre le phénomène, nous proposons aujourd’hui le premier d’une série de 10 textes publiés dans le cadre d’une initiative de l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval.

Philippe Bourbeau Philippe Bourbeau
Directeur de l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval

Jean-Michel Marcoux Jean-Michel Marcoux
Chercheur invité à l’École supérieure d’études internationales de l’Université Laval

Les derniers mois ont démontré que les pandémies ne connaissent aucune frontière.

Aucun pays n’est épargné. Tous les secteurs sont touchés, les habitudes de vie sont chamboulées et la vie sociale est redéfinie. Le retour à la « normale » est compromis et laborieux. Or, à travers le flot d’analyses, de faits, de mythes et d’hypothèses, un constat se dessine : le débat doit être multiple et mondial.

La multidisciplinarité

Au-delà des frontières entre les pays, les pandémies transcendent les limites traditionnellement établies entre les disciplines universitaires. En effet, en plus des enjeux liés à la médecine et à la recherche de traitements contre la maladie, les mesures de confinement qui ont été adoptées par les gouvernements dans le monde ont entraîné de profondes conséquences pour de nombreuses sphères d’activités.

Alors que le Québec est désormais dans une deuxième vague, la COVID-19 a de profondes influences sur les secteurs économiques, politiques, juridiques, commerciaux, éthiques et géographiques, pour n’en nommer que quelques-uns.

En d’autres termes, l’étude des causes et des conséquences des pandémies est devenue un sujet d’intérêt pour les chercheurs autant en sciences qu’en administration en passant par les sciences de la santé et les sciences sociales.

Plusieurs chercheurs se sont d’ailleurs déjà intéressés à divers aspects des pandémies bien avant l’éclosion de la COVID-19. Par exemple, les travaux des historiens ont permis de tirer d’importantes leçons des pandémies antérieures. Les spécialistes en relations internationales ont abordé les pandémies comme un enjeu de sécurité internationale, alors que les juristes se sont surtout intéressés aux règles et aux obligations des États à la suite de l’éclosion d’une nouvelle maladie.

Les spécialistes de l’étude des genres ont démontré l’impact différencié des pandémies pour les femmes et les hommes. Les géographes ont mis en lumière les effets de ce phénomène sur les dynamiques spatiales et sur la démographie, alors que les experts en aménagement du territoire ont examiné le lien entre la densité urbaine et les pandémies. Les économistes se sont intéressés aux conséquences des pandémies sur les politiques fiscales, le taux de chômage et le commerce international. Enfin, les épidémiologistes, les médecins et les pharmaciens ont également contribué à fournir une meilleure compréhension de la contagion, des traitements disponibles et de la recherche de vaccins en lien avec les pandémies antérieures.

Considérés individuellement, ces disciplines et ces champs d’études permettent d’aborder des éléments importants en lien avec les pandémies. Or, un tel enjeu mondial n’a pas la gentillesse de se décliner et de se diviser en fonction des différentes disciplines à travers lesquelles les universités sont organisées.

Ce n’est pas tellement que les approches unidisciplinaires ont tort (loin de là). Force est toutefois de constater qu’elles sont, par définition, incomplètes. C’est pourquoi une perspective multidisciplinaire prend toute son importance : en permettant d’additionner et d’intégrer les contributions apportées par plus d’une discipline, une perspective multidisciplinaire fournit une compréhension plus vaste, plus complète d’un même phénomène. Une meilleure adéquation entre le monde des idées et le monde des réalités.

L’importance de l’international

Nous pensons que la pandémie prouve aussi l’importance de l’international. On lit régulièrement que la COVID-19 met en lumière la fragilité du système international dans lequel nous évoluons depuis plusieurs décennies. Que le temps est venu d’exercer un repli national, pas nécessairement un repli identitaire, mais un repli, voire une fermeture face à l’international. Tout en reconnaissant la nécessité d’initiatives et d’adaptations locales, nous pensons qu’il est temps, plus que jamais, de se tourner vers l’international. Et ce, avant, pendant et après la pandémie.

Tout évènement perturbateur nécessite une réponse coordonnée. Cette coordination est souvent plus apparente au niveau local ou plus près de nous, mais il est important de ne pas sous-estimer l’importance de la coordination au niveau global.

C’est en adoptant une approche internationale que nous pouvons mieux comprendre les pandémies en temps réel et mieux penser l’après-crise.

L’École supérieure d’études internationales met de l’avant une approche multidisciplinaire des enjeux internationaux. Nous croyons fermement qu’analyser, comprendre et expliquer les enjeux mondiaux requiert une perspective multidisciplinaire et internationale. Nous pensons que cela est vrai pour les pandémies, mais aussi pour de nombreux autres enjeux mondiaux tels que le commerce international, l’environnement, les migrations, la sécurité alimentaire, les inégalités mondiales et bien d’autres enjeux encore.

C’est dans cette optique que nous lançons une série de textes aujourd’hui. Jusqu’au 9 décembre prochain, un texte sera publié chaque semaine par un chercheur afin d’apporter un éclairage différent sur une thématique en lien avec la COVID-19. Les enjeux qui seront analysés comprennent le bioterrorisme, la gestion de crise, la pensée écologique, le commerce international, l’économie de la santé, les politiques environnementales, la littérature antique, les forces armées et la recherche en pharmacie. Une invitation à réfléchir dans la diversité et la globalité.

À lire la semaine prochaine : bioterrorisme et pandémies