Je ne peux que saluer le message clair du gouvernement en lien avec la pandémie et la mise en place de nouvelles mesures de santé publique. On doit faire ce qu’il faut pour diminuer la propagation du coronavirus au Québec.

Georgia Vrakas Georgia Vrakas
Professeure agrégée au département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières

Ce qui me préoccupe, toutefois, est notre santé mentale collective. Limiter nos contacts sociaux au strict minimum pendant 28 jours, une des mesures du gouvernement pour contrer la COVID-19, risque d’avoir des répercussions sur le bien-être des Québécois. Plusieurs études démontrent que, depuis l’arrivée de la COVID-19, la détresse augmente, les troubles mentaux aussi. Je fais partie des chercheurs qui se penchent actuellement sur le sujet.

Oui, il faut limiter nos contacts sociaux, c’est une mesure importante à respecter. Mais nous avons besoin des outils nécessaires pour passer au travers. Si on demande aux gens de s’isoler, il faut absolument offrir des services pour contrer les effets délétères de l’isolement.

Cela m’amène à poser la question : où en est-on dans l’implantation du « Plan d’action : services psychosociaux et services en santé mentale en contexte de COVID-19 » ? Oui, certaines mesures ont été mises en place, dont l’augmentation du nombre de séances des programmes d’aide aux employés du réseau de la santé et de services sociaux, une excellente nouvelle. Mais elle n’est pas suffisante à elle seule, à mon avis. Nous savons que ces travailleurs vivent beaucoup de détresse depuis le début de la pandémie. Le reste de la population a aussi besoin d’un accès rapide et gratuit aux services de santé mentale. Ceux-ci incluent les services d’intervention de crise et psychosociale, mais aussi la psychothérapie, cette dernière étant difficilement accessible. Nous savons qu’il y a un manque criant de ressources depuis longtemps dans le réseau public. Nous savons également que cette problématique ne sera pas réglée dans les 28 prochains jours.

Le gouvernement peut prendre des engagements dès maintenant

– Éviter à tout prix le délestage des professionnels en santé mentale du réseau public vers d’autres tâches ou emplois comme cela a été le cas au printemps dernier. Il est essentiel que les services auprès des clientèles seules, vulnérables, marginalisées et vivant avec des troubles mentaux soient maintenus.

– Rembourser les séances de psychothérapie (et d’autres services connexes) offertes dans le privé pour que les personnes qui ont besoin d’aide rapidement, mais qui n’ont pas les moyens de payer, y aient accès. Une suggestion proposée par d’autres est que la RAMQ rembourse ou assume les coûts.

– Mettre en place des équipes « santé mentale COVID-19 » au sein de tous les CIUSSS/CISSS dont le mandat serait d’assurer un soutien psychologique aux travailleurs du réseau. Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a mis en place un programme similaire au printemps dernier.

Ce sont des exemples de mesures qui peuvent être mises en place rapidement. La santé mentale ne devrait pas être en compétition avec la santé physique, particulièrement en temps de pandémie. L’un et l’autre font partie d’un tout : la santé globale des Québécois. Et n’oublions surtout pas que la santé mentale fait partie de la santé publique.

En attendant la mise en place de ces mesures, voici une liste de ressources, majoritairement gratuites.