Le Canada et le Québec disposent de ressources abondantes et ont été confinés relativement tôt et de façon assez sévère. Après six mois de pandémie, je vous propose aujourd’hui de faire un tour d’horizon international de la performance du Canada par rapport à l’ensemble des pays de la planète. Et, dans une deuxième rubrique, de comparer la performance du Québec à celle des États américains et provinces canadiennes.

Luc Vallée Luc Vallée
Ex-économiste en chef à la Caisse de dépôt et placement du Québec et ex-stratège en chef chez Valeurs Mobilières Banque Laurentienne

D’abord, une mise en garde. Je me fie aux données recensées sur le nombre d’infections confirmées et de décès par le site Worldometer* et par divers sites des gouvernements canadiens disponibles en date du 16 septembre. Ces données, constamment mises à jour, pourraient ne pas correspondre exactement à ce que vous y trouverez aujourd’hui.

De plus, ces données ont des limites dont, faute d’espace, je ne discute que brièvement ci-dessous avant de me lancer dans un prudent exercice de comparaison.

Par exemple, le nombre d’infections confirmées dépend évidemment de la capacité et de la volonté très variable des pays à tester leur population. En particulier, là où les tests ont tardé ou tardent toujours à être administrés, une grande proportion de ceux qui ont contracté le virus et qui en sont déjà morts ou guéris ne seront jamais comptabilisés.

De plus, selon diverses études sérologiques, la proportion d’asymptomatiques se situerait entre 40 % et 90 % des cas totaux et serait très variable entre les pays, faussant grandement le portrait du taux d’infection par pays.

Par ailleurs, on sait déjà que la distanciation physique et le port du masque sont associés à une moins grande propagation. Or, plusieurs spécialistes en santé publique estiment aussi aujourd’hui que la charge virale de la COVID-19 est proportionnelle à la sévérité de la maladie.

Si cela s’avère être le cas, dans les pays sans confinement sévère mais où on a porté le masque et où on s’est plié aux règles de distanciation dès le début de la pandémie, il est possible que le virus se soit répandu rapidement mais de façon bénigne entre les individus, rendant sa détection à la fois moins urgente et plus difficile.

Cela expliquerait, par exemple, que malgré la proximité de Taiwan avec la Chine, on n’y ait comptabilisé que 499 infections et 7 morts sur 24 millions d’habitants qui n’ont jamais été confinés et seulement testés de façon ciblée ; le taux de tests par personne y étant aujourd’hui 44 fois moins élevé qu’au Canada.

La situation du Canada dans le monde

Le Canada est le 39e pays le plus peuplé de la planète mais occupe le 26e rang pour le nombre de cas (138 803 au 15 septembre). Les pays plus peuplés qui font mieux sont soit très performants (surtout en Asie) ou très en retard (surtout en Afrique) dans leur gestion de la pandémie. Si les tendances récentes se maintiennent, le Canada améliorera graduellement sa position dans les prochains mois alors que plusieurs pays sont toujours sérieusement aux prises avec le virus.

Le Canada se classe aussi au 84e rang avec 3655 cas par million d’habitants (c/m) ; une statistique probablement plus pertinente, juste devant l’Inde à 3700 c/m. Le Canada est depuis quelques jours sous la moyenne mondiale de 3841 c/m et sa position s’améliore sans cesse depuis le début de l’été. Cette progression reflète le fait que la pandémie y semble sous contrôle pour l’instant et que le pays teste ses citoyens depuis mars alors que d’autres sont en mode rattrapage.

Toutefois, plusieurs pays n’ont toujours pas les moyens de tester leur population et encore moins d’endiguer la propagation du virus. Cela laisse croire que même si les statistiques ne le révéleront jamais, la présence du virus y est peut-être déjà plus grande qu’au Canada.

Il est par contre intéressant de noter que le Canada sans le Québec se situerait au 101e rang avec 2490 c/m mais que le Québec (7665 c/m) se situerait au 45e rang devant la Russie et l’Irak. Par ailleurs, plusieurs pays, dont la Chine (201e), la Nouvelle-Zélande (165e), l’Australie (132e), la Grèce (124e) et la Finlande (115e avec 1579 c/m), devraient demeurer encore longtemps en meilleure posture que le Canada.

Les décès

C’est la statistique qui compte vraiment. Ici, le Canada fait moins bonne figure. Il arrive au 19e rang pour le total des décès et au 29e rang pour les décès par million d’habitants avec 243 morts par million (m/m). Toutefois, le Canada sans le Québec se classerait de façon enviable au 59e rang avec 115 m/m ; un peu mieux que la moyenne mondiale et juste après l’Allemagne.

Les comparaisons ponctuelles du taux de mortalité sont hasardeuses puisque l’attribution des décès au virus n’a pas été uniforme dans tous les pays et que le nombre de morts tend à être en retard par rapport au nombre d’infections. Avec la pandémie qui sévit toujours intensément dans plusieurs pays, cette position relative du Canada devrait donc s’améliorer au cours des prochains mois.

D’autre part, le Québec serait au 5e rang des juridictions nationales avec 676 m/m (les États-Unis sont à 601 m/m, l’Espagne à 647 m/m et l’Italie à 590 m/m) ; une situation qui met en évidence les multiples lacunes de notre gestion de la pandémie. Même par rapport aux États américains, c’est un bilan accablant et ce sera le prochain sujet à l’ordre du jour.

* Consultez le site Worldometer