Le 19 mars 2019, lors du discours sur le budget, le gouvernement fédéral établissait clairement sa volonté de brancher l’ensemble des régions, d’un océan à l’autre, et annonçait un investissement supplémentaire de 6 milliards.

Jacques Demers Jacques Demers
Président de la Fédération québécoise des municipalités, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC de Memphrémagog

Cette mesure visait à assurer une vitesse minimale de 50 Mbit/s à la totalité des ménages canadiens pour que tous aient accès à un service qui dorénavant s’avère essentiel. J’ai d’ailleurs eu le privilège de rappeler son engagement au premier ministre Justin Trudeau lors de notre rencontre à Ottawa le 28 novembre dernier.

Si c’était encore nécessaire, la pandémie a fait la preuve de l’importance de l’internet dans notre vie quotidienne.

Or, force est malheureusement de constater que peu de choses ont évolué depuis cette annonce et que les régions ont la nette impression que le dossier s’enlise à Ottawa.

Pourtant, la pandémie démontre de manière plus qu’éloquente l’urgence de réaliser cet engagement. Alors que le premier ministre du Québec, François Legault, s’engage à brancher tous les Québécois dans le présent mandat et lance des programmes à cette fin, nous sommes toujours en attente d’une action concrète du gouvernement fédéral. La crise sanitaire a exacerbé les lacunes déjà présentes sur le territoire et a accentué les inégalités géographiques et économiques qui persistent pour l’accès à ce service de base.

Pour la Fédération québécoise des municipalités (FQM), la porte-parole des régions, le discours du Trône offre au gouvernement Trudeau une occasion idéale pour marquer son intention de faire de cet enjeu une urgence nationale et de l’inscrire dans le plan de relance économique fédéral. Le besoin d’un service cellulaire efficace constitue aussi maintenant une condition essentielle au développement.

Solutionner l’éternelle question d’accès aux poteaux

Au-delà des sommes nécessaires à la réalisation de cet engagement, la responsabilité du gouvernement est encore plus importante puisqu’il est le seul qui peut intervenir pour solutionner l’éternelle question de l’accès aux équipements de soutènement (poteaux) pour le déploiement du réseau, problème qui freine considérablement tous les projets actuels.

La ministre des Femmes, de l’Égalité des genres et du Développement économique rural, Maryam Monsef, a d’ailleurs déjà déclaré que ce service était « essentiel ». De plus, il y a quelques semaines, elle a ajouté que « tout est sur la table » pour un accès décent à l’internet partout.

Le gouvernement fédéral doit comprendre que c’est maintenant le temps d’agir, car la limite de la patience des régions, privées d’outils névralgiques pour leur développement économique, culturel et social, de même que pour leur vitalité, est vraiment atteinte !

Tout ce travail doit évidemment se faire en collaboration avec le gouvernement du Québec et en assurant une parfaite cohérence de l’intervention fédérale avec les autres partenaires, entre autres avec le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Les pratiques délétères de certains grands télécommunicateurs, Bell en particulier au Québec, pour l’accès aux structures de soutènement (poteaux), dénoncées par la FQM dans un mémoire au CRTC en mai 2020, doivent absolument cesser. Elles compromettent les objectifs fixés par les deux ordres de gouvernement. Le fédéral doit prendre ses responsabilités. Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, Navdeep Bains, a dit récemment vouloir surveiller le CRTC. Nous demandons qu’il le fasse en ce qui concerne l’accès aux poteaux !

S’inspirer des initiatives audacieuses pour la relance économique

Plusieurs pays dont la France et l’Allemagne ont récemment mis de l’avant des stratégies musclées et audacieuses de relance de leur économie axées sur l’environnement, la lutte contre les changements climatiques et la transition vers le numérique. C’est de ce genre d’initiatives qu’il faut tirer notre inspiration ! Il ne faut par ailleurs pas perdre de vue que l’internet et le cellulaire en région, c’est aussi des entreprises de tous les secteurs à la fine pointe de la technologie, une transition vers le numérique, ainsi que des travailleurs qui participeront de manière tangible à cette transition. Ce sont aussi des familles dont les enfants ont besoin de ces services pour leurs études. Le gouvernement fédéral doit impérativement miser sur les régions et conséquemment inclure le déploiement rapide de l’internet haut débit et d’un service cellulaire efficace partout sur le territoire dans une relance structurante et porteuse pour l’avenir.

Plusieurs de nos communautés sont actuellement à la croisée des chemins : elles peuvent accueillir dès maintenant de nouveaux arrivants et voir s’inverser leur déclin démographique, social et économique, ou observer impuissantes leur déclin tranquille. La possibilité d’effectuer un changement complet de la trajectoire de ces communautés existe et, à ce moment précis, le gouvernement fédéral porte la responsabilité de ce changement alors qu’il s’apprête à intervenir pour soutenir la relance économique.