Après plus d’un an de démarches intensives auprès du Vatican, des hautes instances de la religion catholique au Canada, tant à Ottawa, qu’à Québec et à Montréal, sans compter certaines paroisses en région, je ne suis pas plus avancé qu’au premier jour. *

L. Philippe Angers
Citoyen catholique

Je suis un chrétien qui désire voir sa religion s’adapter aux besoins et aux enjeux de notre époque : mariage des prêtres, reconnaissance du mariage entre conjoints de même sexe… Malheureusement, je la vois plutôt rester campée sur ses positions immuables et s’éloigner de plus en plus des préoccupations actuelles de gens qui se tournent vers d’autres sources de réconfort et de sérénité.

À la suite de dizaines et de dizaines de messages expédiés, a peine ai-je reçu quelques accusés de réception… Comment croire, après un tel accueil, que les prêtres, les évêques et autres membres du corps religieux sont proches des croyants, croyantes et à leur écoute ? Pas présent pendant la pandémie…

Il y a maintenant près d’un an qu’est survenue à l’oratoire Saint-Joseph l’attaque, à l’arme blanche, d’un prêtre par un paroissien, un acte de violence gratuite que je trouve évidemment inadmissible. Les répercussions de ce drame ont retenu mon attention. On a alors vu le Vatican, les évêques canadiens et les associations de prêtres du Québec s’insurger avec vigueur contre cet acte commis envers l’un des leurs.

Devant un si triste précédent, oui, on peut les comprendre de craindre légitimement pour leur sécurité. Mais où sont tous ces mêmes braves gens quand il est question d’abus perpétrés par des religieux contre les femmes, enfants et hommes ? À ces barricades-là, pas un seul homme d’Église !

Quand vous, les chefs de la religion catholique, prétendez que vous allez vous pencher sérieusement sur les abus commis par des membres de votre organisation, il est difficile de croire en votre sincérité.

Comment qualifier vos réticences, votre timidité dans ce dossier, cette boîte de Pandore que vous préférez garder soigneusement fermée ? Cette enfilade infinie de dominos dont vous tentez, de votre mieux, d’endiguer la chute…

J’ai assisté avant la pandémie à des funérailles, dans une église montréalaise. Après son sermon, d’une platitude exemplaire, le curé a dit à l’assistance que ceux qui n’avaient pas fait leur communion n’étaient pas conviés à prendre part à l’eucharistie. Quel beau message à envoyer aux gens, quelle belle attitude conviviale de la part d’une Église dont les temples non encore reconvertis en condominium sont de plus en plus déserts.

On dit en quelque sorte au chrétien : « Tu es invité, disons toléré, dans la maison de Dieu. Alors, écoute attentivement mes instructions, sinon tu auras affaire à moi ! » Quelle belle manière d’attirer des gens à l’Église catholique en ce troisième millénaire ! Ma mère avait coutume de dire : « Ne faisons pas la morale aux autres si nous ne sommes même pas capables de les respecter. »

J’en reviens au Vatican, au pape François, aux cardinaux, aux évêques et à tous ces scandales si nombreux, si importants et si graves qu’ils ne peuvent plus être étouffés. Je songe à tous ces religieux, de quelque rang qu’ils soient, ayant commis des actes inadmissibles sur la personne d’enfants et de jeunes gens, et qui n’ont même pas l’élémentaire décence de remettre leur démission à l’Église.

Ceux et celles qui me connaissent diront que je me répète, mais je persiste et signe : l’Église catholique fonce dans un mur à la vitesse de la lumière… ou de la noirceur, si vous préférez !

N’eût été sa fortune immobilière, elle aurait frappé ce mur depuis longtemps. Dans un silence indigne d’elle et de l’institution qu’elle représente.

Cette Église, telle qu’elle se présente aux chrétiens d’aujourd’hui, me répugne profondément, avec son argent sale, ses achats d’armes, ses transactions immobilières parfois obscures, son patrimoine et ses œuvres arts à couper le souffle et, surtout, ses scandales sexuels.

C’est vrai, je suis désabusé par cette conjoncture, par l’immobilisme de l’Église, par son refus de se regarder dans un miroir et de se remettre en question. L’Église continue à faire passer ses ouailles au confessionnal, mais quand se décidera-t-elle à y passer elle-même pour se livrer à un sincère examen de conscience ?

Peut-être un jour assistera-t-on à un changement. Pourquoi pas une renaissance ? Mais ça ne semble pas être pour demain. En attendant, je continue d’être présent pour mon épouse Elise et mes filles Sophie, Camille qui se dévoue dans une clinique. Mes sœurs, mes frères et mes amis et le père Mongeau, un être exceptionnel…

Je m’occupe de gens dans le besoin, des aînés, des malades, je vais à la rencontre des gens et je suis à leur écoute. Je me tiens au courant de la situation dans le monde, j’essaye de comprendre toutes les facettes de l’actualité en portant une attention particulière aux autres religions que la mienne.

Un ami, enseignant au secondaire, me répète souvent : « Il faut espérer pour le mieux ». J’attends encore, j’espère toujours, peut-être un miracle…

J’ai froid à l’Église, mais j’ai foi en Dieu et en un avenir meilleur.

* Lisez « Cessons cette hypocrisie »