Dans les dernières années, nous avons eu plusieurs raisons d’être fiers collectivement de notre écosystème entrepreneurial.

Déborah Cherenfant Déborah Cherenfant
Présidente de la Jeune chambre de commerce de Montréal (JCCM)

Le fait qu’il soit l’un des plus paritaires au monde en est une. Pourtant, le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) ne prend toujours pas en compte la réalité des entrepreneures et des dirigeantes de très petites entreprises et il n’existe actuellement aucun service public qui leur soit spécifiquement adapté. Cet enjeu dissuade plusieurs femmes de se lancer en affaires et contraint une partie de celles qui l’ont fait à fermer leur entreprise pour redevenir salariée au moment de fonder une famille, ou tout simplement de renoncer à leur rêve de devenir mère.

Cet enjeu est amplifié par la pandémie, les femmes étant plus touchées aux niveaux personnel et professionnel en raison notamment de leur charge familiale. Pour soutenir ces femmes et s’assurer qu’elles soient incluses dans la relance économique ainsi que la réflexion collective en cours pour repenser le Québec, la Jeune chambre de commerce de Montréal (JCCM) publie un livre blanc issu de discussions de groupe et d’entrevues individuelles réunissant l’avis de plus de 30 entrepreneures.

Voici les recommandations principales adressées au gouvernement afin de soutenir l’entrepreneuriat féminin sous tous les angles.

1- Offrir un salaire minimum garanti aux entrepreneures qui viennent d’avoir un enfant afin de minimiser le stress financier lié à la perte de revenus durant le congé de maternité.

Il n’est pas rare que les petites entreprises ne génèrent de revenus substantiels qu’au bout de plusieurs mois, voire plusieurs années. Une situation qui pousse les entrepreneures à ne pas se verser de salaire, ne les rendant pas admissibles au RQAP. De ce fait, les entrepreneures ayant une famille ou projetant d’en fonder une font face à un énorme stress causé par l’incertitude quant à leur capacité à subvenir à leurs besoins personnels et ceux de leurs enfants.

2- Créer des programmes de subventions pour couvrir le salaire de la direction intérimaire lors du congé parental de la mère entrepreneure.

Cette incertitude est accentuée par le fait que les entrepreneures sont souvent seules à assurer la gestion de leur entreprise, n’ayant pas les moyens d’embaucher une ressource supplémentaire. Le stress qu’elles subissent est indéniablement multiplié au moment où elles tombent enceintes et, plus tard, lorsqu’elles doivent s’absenter à la suite de l’accouchement ; la crainte de voir leur entreprise en souffrir est bien présente. Une subvention soutenant l’embauche d’une ressource durant le congé parental d’une entrepreneure permettrait à celle-ci de vivre pleinement sa nouvelle maternité en ayant confiance non seulement en la pérennité de son entreprise, mais aussi dans la prise d’un congé parental en bonne et due forme.

3- Permettre un moratoire sur le remboursement du financement accordé pour la durée du congé parental ou une période déterminée du congé.

Un ralentissement de l’activité, même temporaire, a des conséquences néfastes à long terme pour l’entreprise : baisse des revenus, mises à pied, perte de confiance des bailleurs de fonds, et donc, potentiellement, accroissement de l’endettement. L’instauration d’un moratoire sur le remboursement du financement durant le congé parental aurait un impact direct sur le taux d’endettement ainsi que le niveau de stress vécu par les mères entrepreneures et le développement à long terme qu’elles seraient en mesure d’entrevoir.

L’entrepreneuriat féminin est source de croissance et d’innovation ; la JCCM enjoint donc au gouvernement et aux entreprises privées de mettre en place les conditions favorables à son développement et à offrir aux entrepreneures le même soutien que celui offert aux salariées depuis plus de 40 ans.

Nous croyons fermement que la place prise par les femmes dans le monde des affaires passe par une meilleure compréhension de leur réalité afin de légiférer en conséquence. Alors que les femmes y représentent 41 % du total des propriétaires d’entreprises, le Québec est devant une occasion en or : celle de devenir le champion mondial de l’entrepreneuriat au féminin.