Je porte une attention particulière aux réponses à la pandémie un peu partout dans le monde et à la gestion de notre crise par le gouvernement provincial. Chaque jour, je lis les statistiques mondiales (merci, Worldometer !). Finalement, ma famille s’est réunie et a pris la décision ferme de scolariser à la maison mes deux petites-filles. Voici pourquoi.

Anne-France Goldwater Anne-France Goldwater
Avocate

C’est une période difficile pour nous tous, y compris le premier ministre et son équipe. Ma propre analyse des décisions de la Santé publique au cours des derniers mois ne cesse de me ramener à la même question désastreuse : le Québec se fait-il déjouer par la COVID-19 ?

Je suis passée à vélo devant une école récemment. Vous savez ce que j’y ai vu ? Une énorme file de parents et d’enfants, sans masque et sans le moindre souci des règles de distanciation physique. Quelle recette pour une éclosion !

Revenons donc sur les erreurs qui nous ont conduits là où nous en sommes aujourd’hui.

Premièrement, le réseau des CHSLD était très piteusement équipé pour résister à l’assaut du virus, ce qui a entraîné la mort évitable de 850 personnes âgées et ce n’est pas fini. De toute évidence, nous devrions mieux traiter nos aînés. J’ai été impressionnée par l’aveu du premier ministre pendant la crise selon lequel il aurait dû immédiatement augmenter les salaires du personnel soignant et il a profondément regretté de ne pas l’avoir fait. Il faut être un chef honorable pour admettre une erreur. Mais d’autres erreurs, comme vider nos hôpitaux et remplir les CHSLD avec ces patients vulnérables, sont moins pardonnables. Cette situation a été aggravée par le fait qu’il était permis au personnel de se déplacer d’un établissement à un autre, transmettant involontairement le virus.

La liberté de critiquer

La deuxième erreur a été de mettre fin aux conférences de presse quotidiennes. Elles ne se limitaient pas au partage d’informations essentielles, mais faisait place aussi à la critique des politiques gouvernementales. Au lieu de cela, le premier ministre s’est laissé détourner par la critique d’un journaliste de la Gazette, Aaron Derfel. Pourtant, la liberté de critiquer nos institutions publiques et nos dirigeants est essentielle pour que la démocratie prospère, surtout en temps de crise.

Troisièmement, il y a eu le licenciement inattendu de l’ancienne ministre de la Santé, Danielle McCann, une gestionnaire de la santé expérimentée, qui a été remplacée par un économiste qui n’a tout simplement pas les mêmes années d’expérience de travail avec des professionnels de la santé dans nos réseaux.

Et quand on évalue les politiques de ce nouveau ministre de la Santé, Christian Dubé, comme l’augmentation de la limite des rassemblements publics de 50 à 250 personnes, la raison pour laquelle nous ne demandons pas à un plombier de faire un gâteau ou à un coiffeur de piloter un jet devient tout à coup évidente.

Une autre erreur flagrante : le refus par Québec d’adopter l’application de détection des contacts mise au point par le gouvernement fédéral.

Il s’agit d’un logiciel qui permet de retracer ceux avec qui une personne infectée a eu des contacts, et ainsi d’aviser ces gens de la nécessité de s’isoler et de se faire dépister. Un outil indispensable pour contrôler les éclosions !

Nous devons tirer des leçons d’un pays comme le Viêtnam, qui a cloué le virus au sol, enregistrant zéro décès jusqu’au 31 juillet. Des règles efficaces et pragmatiques sur le port du masque et la mise en quarantaine ont empêché l’épidémie de dégénérer hors de contrôle. Et c’est un pays de 98 millions d’habitants !

Voici ce qui m’empêche de dormir la nuit : comment renvoyer des enfants dans les salles de classe sans avoir de plan plus sérieux en place ? Pourquoi ne pas avoir offert à grande échelle des options d’apprentissage à distance ? Il ne s’agit pas seulement des enfants qui peuvent être infectés, cela affecte également les parents et les grands-parents, les amis et les voisins, dont certains pourraient être immunodéprimés ou souffrir de maladies qui compromettent leur sécurité.

Les enfants québécois sont devenus les participants involontaires à une expérience à haut risque. Il suffit de se tourner vers d’autres démocraties pour voir comment, depuis la réouverture des écoles et l’assouplissement des règles, le taux d’infection chez les enfants a grimpé en flèche (500 000 aux États-Unis !).

La COVID-19 n’est pas « une simple grippe ». C’est une maladie qui attaque le système vasculaire et peut endommager de manière permanente votre cœur (myocardite), vos poumons (fibrose), votre cerveau (lésions) et tout votre système circulatoire (des vaisseaux sanguins qui fuient). Cette pandémie a fauché plus de 900 000 vies à travers le monde.

Et qu’en est-il ici au Québec ? La promesse de rouvrir nos écoles dans le respect des consignes sanitaires a déjà pris le bord. Une deuxième vague d’infections a commencé dans les derniers jours avec 150 à 200 cas quotidiennement.

Alors, soyons prudents, et souvenez-vous que c’est votre propre vie que vous pourriez sauver. Ne laissez pas la COVID-19 vous déjouer, même si elle a une longueur d’avance sur notre gouvernement.