La pandémie n’a pas seulement frappé tragiquement la population, elle a réveillé des plans ambitieux cachés dans les tiroirs de la mairie. Pendant les premières semaines de confinement, la quiétude régnait dans les chaumières encore engourdies par l’hiver, mais à la fin du printemps, alors que la vigilance était tombée, le monstre administratif s’est réveillé.

Paul Sidani Paul Sidani
Médecin, Montréal

Les Montréalais stupéfaits ont vu surgir comme des bourgeons des pancartes jaunes, des poteaux verts, des cônes orange, des blocs de ciment, des affiches proclamant quantité de rues barrées. L’état de siège était-il déclaré ? Des tranchées ont été creusées, des camions ont hurlé et des marteaux-piqueurs ont bombardé.

En quelques jours notre ville bienveillante s’est métamorphosée : devait-on accueillir le Tour de France ou le Giro d’Italie ? Les vélos chargent ! Conquérants, arrogants, ils bousculent les rares piétons qui se sont aventurés sur les trottoirs ou dans les rues nouvellement piétonnières.

Désormais, il n’y en a plus que pour la mobilité active : que vous ayez 30 ans ou 80 ans, qu’il pleuve, vente ou neige, il vous faudra faire vos emplettes à vélo, à trottinette ou au pas de course !

Les places de stationnement — désormais inutiles — ont été confisquées. Les aides-soignants ne peuvent se rendre au chevet de leurs patients, les commerçants ne reçoivent plus leurs livraisons. Pour se déplacer, il est impossible de se fier aux GPS déroutés par les fermetures de rues intempestives ; il faut désormais s’orienter grâce aux clochers d’églises ou à la position du soleil.

Les piétons téméraires, qui se hasardent par nécessité à sortir de chez eux, sont masqués en raison de l’épidémie, mais aussi pour ne pas être reconnus et afin de cacher leur désarroi. De dos-d’âne en dos-d’âne, les automobilistes jouent à saute-mouton et jettent un regard ahuri aux panneaux de signalisation indiquant 30 km/h, vitesse qu’ils ne pourront jamais atteindre !

Vivement l’hiver, pensent-ils. Les brèches seront peut-être colmatées, mais dans les rues rendues enfin à la circulation (espérons-le !), que deviendront les plantes tropicales et le mobilier de rue d’un design douteux ? La question se pose : les électeurs ont-ils signé un chèque en blanc pour cet extravagant remodelage de nos artères sans avoir donné leur consentement éclairé ?