En réponse à la chronique de Patrick Lagacé, « Me Murphy n’a montré aucune empathie », publiée le 23 août

Joëlle Thibault
Joëlle Thibault Avocate, experte en résolution de conflits

La chronique de Patrick Lagacé, « Me Murphy n’a montré aucune empathie », illustre bien la difficulté d’offrir de vraies excuses, des excuses qui permettent de rétablir le sentiment de dignité et de respect chez la personne qui subit la faute et les préjudices qui en découlent.

Pourtant, la recette d’une excuse véritable n’est pas compliquée. Elle comprend quatre ingrédients : 1) La reconnaissance de l’offense ou de la faute ; 2) Des explications ; 3) L’expression de remords sincères et, finalement, 4) Une réparation.

En l’espèce, il semble que les deux premiers éléments étaient présents. Le DPCP semble avoir reconnu l’erreur qui a été commise et avoir fourni des explications. L’expression de remords sincères et la réparation ne semblent toutefois ne pas avoir été au rendez-vous.

Malheureusement, plusieurs personnes vont effectivement avoir le sentiment que de dire qu’ils sont « désolés de ce qui est arrivé » équivaut à des remords sincères, alors qu’il n’en est rien. Pire encore, certaines personnes et organisations vont faire peser sur les épaules de la victime les sentiments qu’elle a vécus et dire « nous sommes désolés que vous soyez choqué ou blessé ».

L’expression de remords sincères demande un regret profond qui se manifeste par l’acceptation de la responsabilité du manquement ET du tort causé par ce manquement.

En mots, ça pourrait ressembler à ceci : « À cause de notre erreur, vous n’avez pas pu être entendu par un tribunal et obtenir justice. »

De plus, l’expression du remord va souvent inclure le souhait que ni la personne offensée ni aucune autre personne ne vivent ce type de situation. Ça pourrait ici ressembler à : « Nous travaillons chaque jour pour que justice soit rendue pas pour que vous soyez privé de justice ni aucun autre personne dans la société. » Aussi, le regret sincère peut inclure le souhait de refaire l’histoire différemment. Par exemple, « si nous le pouvions, nous retournions en arrière pour faire les procédures correctement dès le départ ». Alors que les recours judiciaires jusqu’en Cour suprême pour tenter de déposer de nouvelles accusations peuvent être interprétés par certains comme une forme de remords, ils ne se substituent pas aux paroles prononcées et communiquées directement à la victime.

La réparation

Pour ce qui est de la réparation, elle peut prendre plusieurs formes, et pas nécessairement un dédommagement en argent. La réparation peut être sous forme d’aide ou d’assistance à la victime. En l’espèce, le DPCP semble avoir offert un soutien pour aider la victime à entreprendre ses démarches judiciaires en France. Il faut garder à l’esprit que la réparation qui aura un impact ou une valeur aux yeux de la victime est la réparation qu’il faut tenter de trouver avec elle. Encore une fois, les réparations les plus efficaces ne sont pas nécessairement en argent, quoique dans certains cas, si la victime a encouru des frais ou investi de son temps pour s’occuper de son dossier, un dédommagement raisonnable peut parfois convenir.

Les organisations vont souvent hésiter à offrir des excuses ou vont avoir le sentiment de l’avoir fait sans se soucier de l’impact des excuses sur la victime.

Elles vont trop souvent craindre d’être poursuivies si elles admettent des erreurs et vont avoir comme premier réflexe de se protéger et de protéger leur réputation. Elles perdent de vue que ce qui entraîne le plus souvent des poursuites ou le recours aux médias, c’est le sentiment des victimes de ne pas avoir reçu de réelles excuses, c’est-à-dire des excuses qui ont pour effet d’aider à rétablir le sentiment de respect.

Lisez « Me Murphy n’a montré aucune empathie »