Nous vivons présentement une crise sanitaire. Nous vivons aussi une crise climatique. Est-ce que l’une de ces crises devrait avoir préséance sur l’autre ? Je ne crois pas, parce que comme le dit si bien la chanson, « L’arbre est dans ses feuiiiiiilllles, Marilonnn Marilééééé ». Elles existent, toutes deux, mais ne sont aucunement parallèles, elles s’emmêlent, s’entrecroisent à n'en plus finir, tout comme devront le faire les solutions qui seront mises de l’avant pour leur répondre.

Marie-Christine Fiset
Marie-Christine Fiset Directrice des médias, Greenpeace Canada

Voici maintenant que le premier ministre Trudeau et sa nouvelle ministre des Finances parlent de l’importance d’une relance verte. M. Trudeau a dit la semaine dernière que cette relance était « notre chance de construire un Canada plus résilient, un Canada plus sain et plus sécuritaire, plus vert et plus compétitif, un Canada plus accueillant et plus juste ». Tous deux parlent de la « nouvelle vision » qui sera présentée lors du discours du Trône du 23 septembre et qui, semble-t-il, fera de la place à la décarbonisation de l’économie canadienne.

De la musique aux oreilles de tous ceux et celles qui, comme moi, travaillent à pousser pour l’adoption de mesures pour une relance juste et verte. Mais je ne peux m’empêcher de repenser aux belles promesses vertes qui ont été faites lors des élections de 2015 par un certain candidat libéral et à la gifle au visage que j’ai eu l’impression de recevoir quand ce gouvernement a décidé de faire l’achat du pipeline Trans Mountain.

Le Groenland fond irrémédiablement, le dernier plateau de glace qui était encore intact dans l’Arctique canadien s’est effondré, nous vivons une « she-cession » sans précédent, le racisme fait encore partie du quotidien de trop de personnes au Canada. Le temps n’est plus aux belles paroles et au greenwashing, il est à l’action. J’ai donc envie de dire : « Et maintenant ? »

Même si cela semble faire une éternité, des milliers de personnes sont descendues dans les rues en septembre dernier. Les avez-vous bien entendues, M. Trudeau ?

Et les collectifs qui dénoncent le racisme systémique ? Et les communautés autochtones en première ligne ? Toutes ces personnes devraient vous donner le courage politique de passer réellement à l’action.

Si ce n’est pas cas, alors allons-y d’une approche encore plus pragmatique : une relance verte n’est pas seulement essentielle en vertu de la crise climatique, elle est aussi logique dans le contexte économique actuel. Selon une étude menée par des économistes incluant Joseph Stiglitz*, le moyen le plus rentable pour les gouvernements de relancer leurs économies assommées par cette pandémie est d’investir dans des politiques de relance vertes.

Un argument dépassé

En fait, quand ces experts ont comparé les projets de relance verts aux mesures d’allègement fiscal dites plus « traditionnelles », ils et elles ont constaté que les premiers « créent plus d’emplois,** offrent un meilleur rendement à court terme par dollar dépensé et entraînent des économies de coûts accrues à long terme, par rapport aux mesures de relance fiscale traditionnelles ». Donc l’argument du coût d’un virage vert ne semble plus vraiment tenir la route.

Mais soyons bons joueurs, et admettons d’emblée que les finances publiques ont été très malmenées avec cette pandémie. Le « Canada plus juste » dont parle M. Trudeau doit passer par une meilleure répartition des richesses et veiller à ce que le fameux 1 % apporte sa juste contribution. Concept avec lequel Mme Freeland est familière si l’on se fie au livre qu’elle a écrit intitulé Plutocrats – The Rise of the New Global Super Rich and the Fall of Everyone Else. Rappelons que selon un récent rapport du Directeur parlementaire du budget, instaurer un impôt sur la richesse pour les Canadiens les plus riches rapporterait 5,6 milliards de dollars annuellement.

Alors, qu’attendent M. Trudeau et Mme Freeland ?

Le Parlement est maintenant prorogé jusqu’au 23 septembre. Ils ont donc quelques semaines pour redessiner notre avenir.

Pour paraphraser Daniel Quinn, « si le monde est sauvé, il ne le sera pas par de vieux esprits avec de nouveaux programmes, mais par de nouveaux esprits sans aucun programme ». Le moment est venu de se réinventer.

Donnez-nous les moyens de repenser la société, de mettre la coopération et l’entraide au cœur de nos politiques publiques. Travaillez à ce que la relance respecte la nature et ses limites. Jetez les fondements d’un Canada où les droits et la sagesse autochtones sont plus qu’un slogan à la mode. Créez l’économie où les solutions à la crise climatique sont vues comme des occasions d’emploi pour un avenir meilleur.

M. Trudeau, Mme Freeland, choisissez de marquer l’histoire, positivement.

*Consultez l'étude (en anglais)

**Consultez une autre étude (en anglais)