15 août. Des relents de fumée sont toujours imprégnés dans mes narines, réminiscences de l’incendie qui a détruit le Théâtre de la Vieille Forge de Petite-Vallée il y a déjà trois ans.

Marc-Antoine Dufresne
Marc-Antoine Dufresne Adjoint à la direction artistique, directeur communications, marketing et expérience, Village en chanson de Petite-Vallée

Le vertige vécu ce matin-là est encore palpable, tatoué sur ma peau. Je me souviens des murs qui tombent, des mines attristées, mais surtout du courage du grand manitou, guide indéfectible dans la tempête. Je garde en tête la rafale de sympathie qui a fait virevolter le manche à vent iconique de la Longue Pointe, sur lequel est inscrite une phrase lourde d’un passé tragique et forte d’un avenir guidé par la résilience : « Chanter plus fort que la mer. »

C’est à ces mots que je m’accroche quand je pense au sort de la Gaspésie et particulièrement à celui de l’Estran. Mon petit coin de pays sauvage bâti avec beaucoup de détermination sur un amoncellement de rochers misérables, où les promesses d’un meilleur avenir économique se brisent souvent au même rythme que les marées déferlantes de novembre emportent les falaises. Un bout de péninsule qui a toujours eu besoin qu’on chante plus fort pour faire porter la voix de ses habitants jusqu’aux collines où se décide le sort de son territoire, le destin de son peuple.

J’ai 29 ans. Je suis irrigué par le Saint-Laurent. La mer m’habite, m’attire, m’attache.

Si j’ai décidé de rester ici, c’est pour m’engager sur le même chemin que celui qui fut emprunté par ces hommes et ces femmes qui ont passé leur vie entière à s’user les cordes vocales pour que demeurent vivantes leurs collectivités du bout du monde. J’ai décidé de rester enraciné, puisque mon appartenance à ces quelques arpents d’eau salée et de caps enragés est intimement liée à cet endroit de tous les possibles, dont on attend toujours les nouvelles fondations.

Le Théâtre de la Vieille Forge est beaucoup plus qu’une salle de spectacle ou le cœur battant d’un festival. C’est un tiers-lieu, un espace où les rêves prennent vie et où les voix peuvent s’exprimer librement. C’est un lieu de rencontres et d’échanges, un incubateur pour les idées et les talents, un catalyseur pour la région. Sa portée et ses effets dépassent le sommet des montagnes gaspésiennes et trouvent écho ailleurs au Québec, peut-être même plus loin. Le nouveau théâtre a ce potentiel d’être un vecteur de dynamisation sociale, économique, touristique et culturelle pour nos communautés littorales. Il peut être le point de ralliement d’un beau futur pour notre milieu de vie, il a le moyen d’être un château fort pour les arts vivants et leurs créateurs.

J’y crois.

Trois ans se sont écoulés depuis le feu du Théâtre et ma passion n’a pas bougé d’un iota. Mon attachement à la région n’est que magnifié par l’idée de voir renaître bientôt une autre maison où les chansons aiment entrer.

La fleur qui se dressait au milieu des décombres au lendemain de l’incendie continue de pousser, ultime preuve que la terre de la Longue Pointe est plus que jamais fertile, pleine de vie, prête à porter mes projets futurs et ceux des artisans du Village en chanson.