Au Canada, un couple sur six recevra un diagnostic d’infertilité de nature diverse quand il décidera de fonder une famille. Si certains problèmes se règlent plus facilement que d’autres, pour bon nombre de femmes et de couples, il en va autrement, et la solution à leurs problèmes de santé est la procréation assistée. Celle-ci propose plusieurs démarches selon les problèmes de chaque personne diagnostiquée dont l’insémination artificielle et la fécondation in vitro (FIV).

Philippe Rioux et Myriam Boivin-Comtois Patients en attente, et plus de 150 autres signataires *

La FIV comporte plusieurs risques pour la santé et elle n’est pas prise à la légère par les patientes et leurs médecins. Depuis quelques années, à ces risques bien réels pour la santé s’ajoute un fardeau financier intenable. En effet, un cycle de FIV peut coûter jusqu’à 15 000 $ et il semble être dans la moyenne de devoir passer par plus d’un cycle pour arriver à concevoir un enfant. Cet état des choses nous atterre étant donné qu’il nous paraît absurde de devoir payer, au Québec, jusqu’à 60 000 $ pour un problème de santé médicalement reconnu (par l’Organisation mondiale de la santé, par les associations médicales du pays, par le ministère de la Santé, etc.). Tout le monde semble d’accord, tant au gouvernement que parmi les professionnels de la santé et les patients, sur le fait qu’il n’y a pas de différence entre un problème de santé menant à des difficultés de fertilité et un autre d’une nature différente. Cette somme astronomique n’est pas du tout à la portée de toutes les bourses, on s’entend, et de surcroît si l’on comprend qu’il n’y a pas de garantie de succès (comme pour n’importe quel traitement médical).

D’ailleurs, dans le passé, ce problème de santé était reconnu et pendant des années, les traitements en FIV étaient couverts (en partie ou en tout) par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Toutefois, le ministre Gaétan Barrette a jugé nécessaire, alors qu’il était à la barre du ministère de la Santé, de retourner en arrière et d’annuler la couverture, semant ainsi la consternation parmi les professionnels de la santé et plongeant, du même coup, les personnes n’ayant d’autres recours que la FIV dans une situation plus que difficile sur le plan financier, mais surtout émotionnel.

Par ailleurs, nous jugeons que la réforme Barrette comporte son lot de contradictions alors qu’elle fait la distinction, par exemple, entre les patientes devant passer par l’insémination artificielle, laquelle procédure bénéficie en ce moment d’une couverture financière, et ces autres patientes qui doivent passer par la FIV (qui n’est pas du tout remboursée). L’étonnement se poursuit alors qu’on apprend que le taux de succès, pour chaque cycle de traitements, est évalué à environ 15 % pour la première procédure et jusqu’à 33 % pour la FIV (si la procédure est réalisée avant le 35anniversaire de la femme).

On a donc reconnu que les problèmes de fertilité étaient bel et bien d’ordre médical et devaient être pris en charge par la RAMQ, mais apparemment seulement quand la facture n’est pas trop élevée.

C’est une aberration puisque personne ne choisit la FIV et tous les ennuis médicaux qu’elle comporte plutôt que l’insémination artificielle, qui est une procédure moins dangereuse : le diagnostic médical prescrira telle ou telle procédure selon les problèmes de santé détectés. Ce n’est pas un caprice ; c’est un traitement médical.

Cette décision de ne plus couvrir les frais liés aux traitements en FIV, pour le moins controversée, n’a pas du tout plu à la CAQ, apparemment, et le remboursement d’une partie des coûts liés à la FIV (passant par un crédit d’impôts, par exemple) faisait partie des promesses électorales du parti de M. Legault. À ce sujet, en février 2020, Le Devoir a appris qu’un projet de loi allait être déposé au printemps et que la gratuité des traitements ferait partie du budget du 10 mars. Or, le budget de mars tant attendu ne contenait finalement rien à cet égard et depuis, plus rien ne transpire à ce sujet dans les médias malgré quelques lettres ouvertes et autres démarches du même acabit de la part de médecins, de regroupements de patientes en attente, etc. L’ex-ministre de la Santé, Danielle McCann, a pourtant signé une lettre, en novembre dernier, réitérant que la couverture des services serait rétablie en 2020.

Le temps passe, les promesses se succèdent et puis voilà, pour plusieurs, l’attente a rendu ou rendra prochainement biologiquement impossible la conception d’un enfant, l’âge étant, comme tout le monde le sait bien, un facteur déterminant.

Nous attendons donc impatiemment, et dans une fébrilité plus que palpable, le retour de la couverture publique de la FIV. Combien de temps devrons-nous attendre encore ? Plus le temps avance, plus les chances de succès diminuent, plus le stress augmente et plus la confiance que nous avons envers nos députés et nos institutions politiques se détériore.

* Signataires : Jessica Bourgon-Couture ; Magalie Fraser ; Caroline Tétreault ; Joanie Mercier ; Yuliet Quesada Mendoza ; Émilie Papillon ; Gisèle Clément ; Marie-Eve Pitre ; Sarah Clément ; Véronique Milette ; Karine Lauzon ; Nat Dubé St-Amour ; Audrey Boulais-L’Heureux ; Mélanie Aubin ; Audrey Thibodeau ; Mélisa Lauzon ; Amelie Thiffault ; Annie Paquet ; Catherine Jutras ; Mélanie Boucher ; Vanessa Brown ; Maxime Werhun-Doucet ; Caroline Marier ; Catherine Ouellette ; Nicolas Rousseau ; Josée Dumont ; Jade Pellerin-Moffette ; Annie Sergerie ; Mélanie Lachance ; Karima Elbouhali ; Tricia Potvin ; Marie-Michel Morin-Gagnon ; Andréane P. St-Jacques ; Meagan Amanda Lajoie ; Nacha Brunelle ; Elena Bolanakis-Robert ; Audrey Girard ; Amélie Bourgon ; Marie-Christine Villeneuve ; Audrey Vincent ; Cynthia Hebert ; Sophie Ouellet ; Kathleen Hardy ; Mélissa Deblois ; Valérie Therrien ; Catherine Roy ; Andréanne Barrette ; Marianne Arsenault ; Sophie Jobin ; Audrey Bernier ; Eva Medi ; Alina Volceanov ; Fatoumata Thiam ; Catherine Forcier-Bernard ; Cindy Levasseur ; Leïla F. Roy ; Sylvie Champagne ; François Rousseau ; Julie Gadoury ; Vanessa Beauchamp ; Laurie Courtiol ; Anne-Sophie Chabot ; Isabelle Carrier Robitaille ; Katheryne Aubert ; Karine Vendette ; Paméla Breton ; Zakia Erroussi ; Marie Longpré ; Maha Foury ; Audrey Giroux ; Marie-Pier Sylvestre ; Marion Tadjer ; Lisandra Castro ; Mélanie Guérin ; Pierre-Luc Lavoie ; Vanessa Barthe-Nadeau ; Karine Chandonnet ; Katrine Charbonneau ; Éric Grenier ; Stéphanie Bergeron ; Katia Nolin ; Jacinthe Castonguay ; Marie-Chantal Morin ; Tania Duperré ; Alexandra Lapointe ; Nancy Billette ; Denis Jr. Perreault ; Annie-Pier Charette ; Jean-Lou Jalbert ; Jessica Poirier St-Pierre ; Patrick Henri ; Andréanne Lefèvre ; Alexandra Bourgeois ; Mariana Neatu ; Ionut Neatu ; Annick Desmarais ; Mathieu Vézina ; Lucie Rousseau ; Robin Lacroix ; Sandra Savard ; Josiane Chalut ; Benjy Miranda Madrid ; énélope Leduc ; Maxine Huyghe ; Vanessa Robert ; Martin Caron ; Claudia Paré ; Jessika Plamondon ; Dave Levesque ; Tanya Aberlhauser-Gosselin ; Émilie Hamel ; Annie Ste-Croix ; Eric Limoges ; Marie-Pier Turmel ; Frédérick Lepage ; Alexandra Tremblay-Morin ; Marie-Pier Malette ; Julie Joncas ; Sanaa Bouchouf ; Liane Cordeau Desnoyers ; Nathalie Cantin ; Mélanie Duquette ; Noémie Goulet ; Vanessa Novoa Romani ; Marie-Ève Cloutier ; Nabila Bedjbedj ; Sophie Addison ; Rafael Garcia ; Tania Dubeau-Fradette ; Cindy Sorel ; Anne-Marie Ménard Ouellette ; Jessica L’Heureux ; Mélanie Brassard ; Vanessa Pelletier ; Annabelle Charland ; Morgane Zaffalon ; Sophie Anne Zieleniak ; Andrée-Ève Brochu ; Amandine Duboc ; Melissa Béchard ; Benoit Verhaegen ; Lovelin Nangah Akondeng ; Émilie Paquette ; Julie Leduc ; Mélise Thivierge ; Véronique Robert ; Sarah Dufresne ; Tommy Lépine ; Ericka Moore ; Maude Nadeau ; Annabelle Blais-Foster ; Philippe St-Denis ; Carolane Poirier ; Cathy Houle ; Jean-Philippe Mailhot ; Émilie Fortin ; Geneviève Grenier ; Magali Pesenti