La sortie publique récente de l’Assemblée des Premières Nations Québec–Labrador (APNQL) constitue vraisemblablement un cas réussi de gestion de réputation.

Patrick Howe Patrick Howe
Spécialiste en affaires publiques et en communication corporative au sein de la firme Consulat RP

En relations publiques, on définit la réputation comme un actif intangible alimenté principalement par la perception qu’ont les publics cibles du comportement d’une organisation. Et on dit qu’une organisation « gère sa réputation » quand elle met en place un processus de communication afin de promouvoir sa mission et ses valeurs.

Le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, a visiblement choisi soigneusement son message sur la perception des Québécois envers les Premières Nations.

Il invite à l’écoute en disant que les Premières Nations « veulent pouvoir compter sur leurs alliés québécois ». Il s’agit d’une approche nouvelle qui se veut mesurée. Autrement dit, « faisons équipe ensemble contre le racisme » plutôt que « tout ceci est votre faute », comme les Québécois l’entendent trop souvent dans des manifestations.

Stratégie audacieuse

Depuis plusieurs années, la couverture médiatique qui porte sur les Premières Nations est principalement négative. Cette année seulement, les médias ont rapporté des blocus ferroviaires ou celui d’un parc national, des enjeux de criminalité (les fameux « AK-47 à Kahnawake »), des guerres internes entre les chefs traditionalistes et les chefs de bande, sans compter la question des enfants autochtones retirés de la garde de leurs parents par la DPJ.

On entend rarement de bonnes nouvelles quand les médias s’intéressent aux Premières Nations. L’entente de la « Grande alliance » avec les Cris en février dernier est probablement la seule grande nouvelle positive qui a été portée à l’attention du public en 2020. Elle a vite été oubliée à cause de la pandémie.

Les Premières Nations font également face à plusieurs défis. L’un d’eux sera de demeurer au cœur de l’actualité malgré un poids démographique qui se dilue de plus en plus dans la mer des « minorités ».

Il y a 143 000 personnes résidant au Québec qui ont déclaré avoir une origine haïtienne. Dans quelques années, cette importante communauté sera aussi importante que l’ensemble des Premières Nations (182 900) dans le territoire québécois.

Déjà, certains néo-Québécois comme les Syriens, arrivés en grand nombre depuis cinq ans, forment déjà une population plus nombreuse dans la région de Montréal que les populations réunies de Kanesatake et de Kahnawake.

La force d’influence de ces nouveaux groupes sera énorme. Il est d’autant plus important que les Premières Nations se positionnent adéquatement sur la place publique et que leurs revendications légitimes soient les plus stratégiques possible.

Plan d’action contre le racisme

L’APNQL présentera donc son plan d’action contre le racisme avant celui du gouvernement. Ce jeu d’influence est fascinant et… très lucide. L’Assemblée a certainement remarqué que les travaux du Groupe d’action contre le racisme du gouvernement ont été lancés dans la foulée du meurtre de George Floyd aux États-Unis, et non à la suite de la mort d’autochtones en raison d’une intervention policière au pays.

Sans présumer de l’orientation du plan gouvernemental qui sera déposé cet automne, il est légitime pour l’APNQL de vouloir s’assurer que l’on pense aussi aux membres des Premières Nations, et pas seulement aux autres membres de minorités visibles à qui on tendra un micro le jour venu.

Certes, le chef de l’APNQL ne peut pas contrôler les initiatives locales des conseils de bande qui font mauvaise presse comme ceux qui ordonnent des blocus ferroviaires. Mais Ghislain Picard semble avoir trouvé une voie positive dans ses revendications en voulant ouvrir un dialogue avec les Québécois et en faisant d’eux des alliés.

En ce sens, la carotte d’une collaboration entre « alliés » sera certainement plus efficace avec les Québécois que le bâton qui consiste à bloquer des routes pour attirer l’attention.

Il ne reste qu’à espérer que cet espace de dialogue que le chef Picard veut ouvrir avec les Québécois se prêterait aussi à d’autres enjeux que seulement le racisme.

Car, en fin de compte, ce qui fera la crédibilité de la démarche de l’APNQL sera la perception qu’en auront les Québécois. Ceux-ci percevront-ils qu’ils sont conviés à un grand rendez-vous avec les Premières Nations, ou seront-ils seulement témoins d’un rapport de force médiatique sans lendemain ?

Sources : Le vocabulaire des relations publiques (Université de Montréal, 2014), Statistique Canada (2020), MIFI (2020), Recensement 2016

Lisez le texte du chef Ghislain Picard