D’abord, pour rassurer la population, puis pour encourager les gens à appliquer les mesures de précaution, le gouvernement Legault, la Santé publique et les médias ont dit et redit (et c’est vrai), que « surtout les personnes âgées sont à risque » de développer des formes sévères de la COVID-19 et qu’il fallait donc « prendre soin de nos aînés ».

Annie-Danielle Grenier et Dre Nathalie Grandvaux Respectivement communicatrice en maladies rares et patiente insuffisance surrénalienne, et directrice du Laboratoire de recherche sur les interactions virus-hôte au CHUM, et patiente lupus, et 10 autres signataires*

Cependant, les personnes vulnérables comprennent également des personnes de tous âges ayant différentes conditions de santé comme le diabète, l’asthme, le cancer, la prise de certains médicaments, etc. Cela peut également être une maladie rare dont vous n’avez jamais entendu parler ou la combinaison de deux conditions qui ne vous semblent pas graves du tout. Pour certaines maladies chroniques, les données disponibles démontrent un risque élevé de complications, d’hospitalisation ou de mortalité. Pour d’autres, peu de données sont disponibles, en partie car ces patients pratiquent l’isolement depuis le début de la pandémie, mais le principe de précaution est de mise.

Chose certaine, la personne vulnérable dont le médecin recommande l’isolement ne le fait pas par choix et sait mieux que quiconque si c’est nécessaire ou pas. Le confinement pour les personnes vulnérables n’est pas terminé. Elles doivent continuer à se protéger.

Pendant le confinement, la majorité des commerces et des services ont offert des accommodements afin d’aider ces personnes vulnérables à se protéger tout en continuant à fonctionner. Rendez-vous virtuels et envois postaux pour le comptable, ajout de produits aux livraisons de médicaments en pharmacie, ramassage sans contact en bordure de trottoir à la suite d’une commande en ligne, et bien d’autres encore.

Malheureusement, depuis le déconfinement, de nombreuses personnes vulnérables partout au Québec constatent avec désarroi l’abandon de ces accommodements qui leur sont pourtant essentiels pour maintenir une vie fonctionnelle. Parfois, on accepte encore de les accommoder si elles insistent, mais souvent à reculons, en laissant entendre que c’est dérangeant, que c’est un caprice ou de l’exagération. Certains se font dire : « D’accord pour cette fois-ci, mais c’est la dernière fois. » Des commerçants répondent qu’ils n’ont pas les moyens de continuer à offrir ces accommodements (comme un commis qui prépare les commandes et va les porter à l’auto), que la crise est passée, que « les autres » ont repris une vie normale, eux. On suggère à ceux « qui ne veulent pas se déplacer » de demander l’aide de voisins, d’amis, de membres de la famille.

Il y a quatre mois, les personnes vulnérables devaient rester à la maison et éviter les contacts. Ces personnes étaient plus à risque de complications ou de mort en cas d’infection. Ces personnes qui étaient vulnérables il y a quatre mois le sont toujours aujourd’hui !

Le coronavirus n’a pas disparu et il n’est pas moins dangereux qu’il ne l’était au printemps.

Alors que le reste du Québec peut se déconfiner et reprendre plusieurs de ses activités, ces personnes vulnérables devront continuer de pratiquer un confinement sévère tant qu’un traitement efficace ou un vaccin ne sera pas disponible. Ces personnes se retrouvent marginalisées par leur vulnérabilité. Il est important de continuer à leur donner les outils et les services pour demeurer en santé et garder un minimum d’indépendance.

* Signataires : Geneviève Solomon, directrice générale de l’Association des patients immunodéficients du Québec (APIQ) ; Carl Julien, CFRE, directeur général de la Société de l’arthrite, division du Québec ; DHugo Chapdelaine, directeur de la Clinique immunodéficience primaire de l’adulte, Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM) ; Dre Emilia Liana Falcone, directrice de l’unité de recherche sur le microbiome et les défenses mucosales, Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM) ; DPavel Hamet, fondateur, président et directeur scientifique de Medpharmgene ; Gail Ouellette, directrice générale du Regroupement québécois des maladies orphelines (RQMO) ; Martine Brouillette, Ph. D., analyste, défense de l’intérêt public, Société canadienne du cancer ; Vincent Dumez, co-directeur exécutif du Centre d’excellence sur le partenariat avec les patients et le public (CEPPP) ; Josée Côté, directrice générale de Vivre avec la fibrose kystique ; Wilson Sanon, Association de l’anémie falciforme du Québec (AAFQ)