Bien longtemps avant la vague de dénonciations actuelle, j’étais témoin et je subissais des comportements qui me mettent en colère et m’ébranlent.

LAYLA ARCHAMBAULT
LAYLA ARCHAMBAULT 15 ans

Je crois qu’il serait important d’informer les garçons sur le respect des femmes, et d'arrêter de normaliser des comportements irrespectueux qui peuvent se rapprocher du harcèlement. Surtout les jeunes du secondaire, parce que j’ai l’impression que c’est là que ça se déclenche et que ça devient un problème récurrent.

J’aurai bientôt 16 ans, je vais à l’école, je prends les transports en commun et je ne suis plus toujours accompagnée d’un adulte. Et ça m’est souvent arrivé, ainsi qu’à la majorité de mes amies, de subir ce genre de comportement. Voici quelques exemples.

Un homme, jeune adulte, m’a suivie du terminus Longueuil jusqu’à ma destination dans le Plateau Mont-Royal. Il me suivait de près, assez que j’aurais pu le toucher, il me fixait, il s’assoyait près de moi. Il m’a même suivie à pied pendant près d’une quinzaine de minutes dans l’avenue du Mont-Royal. J’avais mes écouteurs, j’essayais de l’ignorer, de ne pas le regarder…

Une de mes amies s’est fait toucher sans son consentement à plusieurs reprises alors qu’elle avait 12 ou 13 ans par le grand frère d’une amie qui avait 2 ou 3 ans de plus. Il profitait du fait qu'il était assis près d’elle pour lui toucher les cuisses et la taille, il profitait de l’absence de sa sœur pour lui toucher plus directement les seins et les fesses. Elle le repoussait chaque fois, mais il recommençait.

Une autre amie s’est fait toucher les fesses par des joueurs de hockey qu’elle connaît, plusieurs fois durant plusieurs semaines. Ils se trouvaient drôles, ils prétendaient que c’était des blagues, mais elle leur disait chaque fois d’arrêter et elle était clairement mal à l’aise.

Qui plus est, il y a une culture du hockey (qui ne touche pas que les joueurs, d’ailleurs) très présente chez les gars de notre entourage. Ils ont plusieurs comportements déplacés : siffler les filles en vêtements de sport, leur dire que leurs pantalons d’uniforme leur font un « beau p’tit cul » et autres commentaires sur leurs fesses, leur toucher les fesses.

Il m’est arrivé une seule fois de voir un adulte intervenir alors que ces comportements se font ouvertement et à voix haute devant des témoins, adolescents comme adultes.

Aussi, il est fréquent d’entendre qu’une fille est habillée en pute ou en salope. Que ce soit vrai ou pas, ce n’est pas acceptable.

En voyage, un jeune Québécois, après qu’on nous a présentés, m’a dit que j’avais trop de seins pour avoir 15 ans et m’a fait d’autres commentaires sexuels. Dans les réseaux sociaux, des gars viennent me parler et sont tellement insistants que je dois les bloquer.

J’ai aussi déjà reçu facilement une vingtaine de dick pics sur Snapchat. Et pas nécessairement d’inconnus. Des amis d’amis se le permettent.

Sans parler de la fois où un homme (dans la trentaine, je crois) s’est arrêté alors que j’étais à quelques maisons de chez moi pour me dire : « Salut, ma jolie ! Pourquoi tu marches nu-pieds ? C’est quoi ton nom ? T’es pas mal belle en tout cas ! Si tu veux, j’peux te faire un lift. » J’ai été assez directe, même si j’avais peur, pour qu’il parte et me laisse tranquille.

Ces exemples ne sont qu’une petite partie de ce que les femmes vivent quotidiennement. Mes amies et moi ne comptons plus le nombre de commentaires reçus sur notre corps et les vêtements qu’on porte.

Mes sœurs ont 28 et 33 ans et quand j’en parle avec elles, je réalise qu’elles vivaient la même chose. J’ai l’impression qu’il n’y a aucune évolution.

J’ai hâte que ça change.

Il faut vraiment, les garçons.

Lisez la chronique de Patrick Lagacé