Bonjour Mounir. Depuis les évènements atroces qui déchirent le Liban et les tiens, je ne cesse de penser à toi. Et bien sûr, je lis tout ce qui est publié sur le sujet. J’aime et je connais le plus québécois des Libanais. Qui est resté le plus libanais des Québécois.

ANDRÉ BISAILLON ANDRÉ BISAILLON
L'auteur a travaillé dans les secteurs de l'enseignement et des communications.

Je connaissais bien sûr le grand poète Khalil Gibran, dont je lisais les textes à des mariages. Qui n’a jamais entendu ses extraits les plus cités, que je te rappelle aujourd’hui :

« Vous êtres nés ensemble et ensemble vous resterez pour toujours. Vous resterez ensemble quand les blanches ailes de la mort disperseront vos jours. Oui, vous serez ensemble jusque dans la silencieuse mémoire de Dieu… »

À travers toi, j’ai imaginé le pays des cèdres majestueux. Ses terrasses sur la Méditerranée, sa douceur de vivre, sa culture française. Comme tu me l’as bien raconté et fait aimer, ton pays où l’on se baigne à la plage et où l’on skie à la montagne ! Ses cafés. Tes années de collège chez les religieux. Ton engagement à la Croix-Rouge. Cette lettre si touchante à ton père. L’icône familiale. L’hospitalité libanaise. Ton mariage, tes enfants.

Tous les petits plats, les mezzé : le zaatar, le houmous, les feuilles de vigne farcies, le baba-ghannouj, le taboulé, le kébbé que j’avais appris à aimer par mes étudiantes libanaises.

Tout cela, Mounir, ne périra jamais. Tout cela est en toi, dans ton sourire triste, parfois, ton appétit pour la vie et les gens et dans ton prénom qui rappelle que tu es source de lumière.

« Il ne coûte rien et produit beaucoup. Il enrichit celui qui le reçoit, sans appauvrir celui qui le donne. Il ne dure qu’un instant, mais son souvenir est parfois immortel. Un sourire, c’est du repos pour l’être fatigué, du courage pour l’âme abattue, de la consolation pour le cœur endeuillé. C’est un véritable antidote que la nature tient en réserve pour toutes les peines. Et si l’on refuse le sourire que vous méritez, soyez généreux, donnez le vôtre. Nul en effet n’a autant besoin d’un sourire que celui qui ne sait pas en donner aux autres. Chacun d’entre nous recèle une part de beauté, il suffit de la faire rayonner de l’intérieur vers l’extérieur. » — Khalil Gibran