S’il y a une période des 25 dernières années où je me suis senti fier d’être Montréalais, c’est bien aujourd’hui.

Jacques Nacouzi Jacques Nacouzi
Copropriétaire, Code & Café, Montréal

Depuis les trois dernières années, les changements tant espérés à la suite de l’élection de Valérie Plante à la mairie de Montréal ne se sont pas concrétisés à la vitesse que j’aurais souhaitée. Il est vrai que 300 bus ont été commandés, qu’une partie de la ligne rose est maintenant inscrite dans le Plan québécois des infrastructures (PQI) 2020-2030, que des voies consacrées aux bus ont été créées, que le Réseau express vélo (REV) est lancé. Mais force est de constater que, tel un grand paquebot qui veut changer de direction, on ne transforme pas une ville du jour au lendemain. Une administration municipale doit juguler avec la lourdeur administrative, les consultations, les syndicats, les autres ordres de gouvernement, et j’en passe.

Et vint la fameuse pandémie qui a tout bouleversé

Loin d’être un mouvement montréalais, l’utilisation de l’espace public urbain est remise en question dans toutes les grandes villes du monde : Milan et Paris ne sont que deux exemples parmi d’autres. Ce mouvement, qui avait commencé timidement avant la pandémie, s’est accéléré grâce au terrain de jeu libéré par cette dernière : réduction du trafic automobile et redécouverte de l’espace urbain. Montréal n’y échappe pas.

Là où Montréal se différencie est l’ampleur des changements introduits et la vitesse à laquelle ces changements ont été implantés : rues piétonnes, rues partagées, voies cyclables protégées et sécuritaires dans plusieurs artères. La raison ? Montréal est administré par des urbanistes qui, aujourd’hui, appliquent librement leur savoir-faire. C’est exactement ce dont une ville a besoin et c’est exactement là où excellent Valérie Plante et son équipe.

Il est vrai qu’il y a eu des ratés, mais des correctifs ont été rapidement introduits. Comment innover si on interdit l’erreur ?

Comment être agile si on ne teste pas rapidement au lieu de planifier pendant des mois ? Les mêmes voix qui critiquaient l’excès de consultations se déchirent la chemise aujourd’hui à la suite de ces changements rapides. Leur thème principal ? L’auto et le sacro-saint espace qui lui a été cédé au siècle dernier.

Il est temps d’arrêter de regarder la ville derrière son pare-brise et pas plus loin que son pare-chocs. Posons-nous la question : quel modèle voulons-nous pour Montréal ? Houston et Kansas City ou plutôt Amsterdam, Oslo et Copenhague ? Les villes qui relèveront les défis démographiques et climatiques du XXIe siècle sont celles qui auront réussi à se mettre à échelle humaine, où la mobilité active et les transports collectifs primeront sur l’auto solo. Ne sommes-nous pas un demi-million à avoir manifesté pour l’environnement ?

Certes, ces changements nous bousculent, la résistance au changement est tout à fait normale, mais le statu quo n’est pas une option au vu des défis des prochaines décennies.