Première déflagration et cri de désespoir. Fumée blanchâtre et tourbillon de cercles vicieux existentiels.

Zeinab Diab
Zeinab Diab Doctorante en sciences des religions à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal

Seconde déflagration et cri de désespoir. Fumée rougeâtre et éruption volcanique.

Une capitale nationale en cendres.

Plusieurs crises, plusieurs séismes.

Une nation, une complexité systémique.

Un tremblement, un peuple résilient.

Aujourd’hui, au coronavirus, à la dépréciation monétaire et à la faim s’est rajouté un sinistre.

Aujourd’hui, aux confinés, aux chômeurs et aux affamés se sont rajoutés des victimes et des blessés.

Aujourd’hui, ce ne sont pas les cloches des églises ni les appels à la prière dans les mosquées qui ont marqué la journée.

Aujourd’hui, ce sont surtout les sirènes, les gyrophares, les pleurs et les appels aux dons de sang qui ont résonné.

Guerre ? Non.

Tensions confessionnelles ? Non.

Aujourd’hui, ce ne sont pas Les identités meurtrières.

Aujourd’hui, c’est surtout La gestion des crises et des paradoxes.

Maalouf (2019) emploie un « vocabulaire maritime ».

Il parle d’un paquebot, Le naufrage des civilisations.

Aujourd’hui, le paquebot n’a pas fait naufrage.

Déchargé sur le port, son matériel longtemps entreposé.

Aujourd’hui, il a explosé.

Pauchant (1995) emploie un « vocabulaire atmosphérique ».

Il parle d’un effet papillon, d’un changement amplifiant enclenchant un cyclone.

Hier, décision ou action anodine, amplifiée d’une crise, de deux crises et de trois crises. Aujourd’hui, chevauchement de complexités : tragédie enflammée.

J’emploie (2011) un « vocabulaire managérial ».

Je parle d’une logique culturelle, celle du chaos, celle de la faouda à la libanaise.

Hier, négligence, wasta et corruption ; aujourd’hui, drame catastrophique, moussiba et leçon symbolique.

Dans sa jeunesse d’hier, mon père était pompier à l’aéroport de Beyrouth ; des évènements enflammés l’ont marqué.

Dans ma jeunesse d’aujourd’hui, je vois ces images enflammées du port de Beyrouth et à distance, ma subjectivité est troublée.

On dit que le phénix renaît de ses cendres.

On dit aussi qu’une crise est exactement ce qui est nécessaire pour sortir le monde de sa dépendance et révéler la vérité nue sur lui-même.

La crise libanaise d’aujourd’hui est un papillon qui a créé un cratère de 10 452 km2.

Demain, le cèdre renaîtra de ses cendres.