Le XXIe siècle vient d’éclore en même temps que la pandémie et nous entrons dans cette nouvelle ère mal préparés et désunis.

Fred Dompierre
Fred Dompierre Auteur, Montréal

J’observe mes contemporains, toutes races, générations et genres confondus, et ce que je vois depuis quelque temps me rend perplexe et inquiet (euphémisme, me direz-vous). Le contexte de la crise que nous vivons semble vraisemblablement dédouaner plusieurs citoyens de leurs obligations collectives envers le reste de la société. Ça a commencé avec le pillage des épiceries et le stockage de papier hygiénique. Là où certains ont vu dans ce délire hystérique une forme de réponse instinctive à la peur provoquée par le confinement, j’y ai aussi vu la négation de l’autre, le mépris du vivre-ensemble.

Ça continue quatre mois plus tard chez les anti-masques, avec cette fois des conséquences potentiellement graves, onéreuses et compliquées pour le reste de la collectivité. J’interprète le refus des consignes par ces gens comme un geste d’agression envers ceux qui ont choisi la prudence (car il ne s’agit que de ça, de la prudence !).

Je vois chez les « antis » un lourd et indigeste mélange de paranoïa, d’intimidation et de vision tordue de la notion de liberté qu’ils confondent avec le droit irresponsable et adolescent de faire ce qu’ils veulent quand ils veulent. Faire ce qu’on veut sans se soucier des autres est une spectaculaire manifestation d’égoïsme. Ça n’a rien à voir avec la « libarté ». Point barre.

Faudrait donc qu’on se parle, mais c’est un cul-de-sac. De mon côté, je ne possède pas « l’ouverture d’esprit » demandée par les « antis » pour entreprendre ce pénible dialogue de sourds. Je ne peux me résoudre à discuter avec des gens qui croient sérieusement que nous vivons en ce moment dans une dictature.

Ce n’est pas une question de point de vue à respecter ; se convaincre d’une telle aberration relève de l’ignorance crasse enrobée d’une mauvaise foi abyssale et ça disqualifie d’emblée mon interlocuteur. Comment débattre avec quelqu’un qui pense que les morts de la COVID-19 n’ont jamais existé et qu’il s’agit d’une vaste fumisterie ? La réponse est simple et étouffante : on ne peut pas. En tout cas, pas moi.

Pour ma part, il n’y a pas de doute dans mon esprit : les « antis » vivent dans un univers parallèle de croyances où tout le monde se fout des faits. Il n’y a pas de doute dans leur esprit : tout ceci n’est qu’une création des gouvernements et c’est nous qui avons le cerveau lavé. Cela dit, si c’est un canular, la responsabilité sociale des anti-masques dans ce cas-ci serait, au minimum, de refuser les traitements gratuits à l’hôpital en cas d’infection à la COVID-19, mais ça n’arrivera pas. Par définition, les égoïstes n’ont pas ce genre de courage et de noblesse d’esprit. Les causes sont donc entendues de part et d’autre : c’est un non-lieu.

Je voudrais rappeler en terminant que nous ne sommes pas que des individus. Nous sommes des maillons qui formons un tout plus ou moins cohérent. Sans être liés, on n’ira nulle part. On ne peut vivre dissociés avec la succession de tempêtes socioéconomiques qui vont déferler sur nos vies comme autant de tsunamis dans les prochains mois. L’individualisme ne fonctionne pas en temps de crise. L’égoïsme, encore moins. Faut qu’on se parle, mais dans les faits, ça n’arrivera pas.

On a les deux pieds dans un bourbier qui s’annonce difficile à gérer.