Les conséquences sanitaires, sociales et économiques de la COVID-19 au Canada, même si elles sont graves, restent atténuées par un système de santé performant et des mesures gouvernementales permettant de garantir la sécurité des citoyens, de soutenir les plus vulnérables tout en favorisant une relance économique rapide.

Frédérique Thomas
Frédérique Thomas Directrice des programmes de Mission inclusion et coprésidente de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale

Qu’en est-il pour les pays qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour bâtir cette résilience et dont les gouvernements ne peuvent pas agir de façon aussi responsable ? Des mesures de confinement comme celles mises en place dans les pays occidentaux ont été imposées. Quelles sont les implications des fermetures forcées pour ceux qui vivent dans des zones à forte densité de population, dans les camps de réfugiés, pour les travailleurs journaliers, pour les agriculteurs saisonniers, pour les travailleurs domestiques ? Des centaines de milliers de morts, un demi-milliard de personnes de plus sous le seuil de la pauvreté, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et le Programme alimentaire mondial des Nations unies, et un recul des droits de l’homme.

L’urgence d’aujourd’hui crée celle de demain

Dans les pays qui dépendent fortement de l’agriculture comme le Burkina Faso, la pandémie a empêché la préparation des sols nécessaire à une culture suffisante pour nourrir la population toute l’année. En Bolivie, c’est la mise en marché de la récolte qui a été interrompue. Dans les deux cas, le pays risque une crise de famine.

Aux Philippines, le président Rodrigo Duterte a menacé d’imposer la loi martiale et de faire exécuter tous ceux qui protestent lors du premier confinement de Manille et de sa région. Dans les bidonvilles, les personnes confinées n’avaient pas reçu les rations de nourriture promises. Or, après un répit, les cas sont repartis à la hausse depuis 10 jours et un nouveau confinement vient d’être imposé. Là encore, une famine se dessine, couplée à un risque de conflit social.

Dans ces pays comme dans beaucoup d’autres, les organisations offrant de l’aide internationale, quand elles n’ont pas eu à fermer leurs portes, ont été contraintes de réaffecter leurs ressources financières et humaines au traitement de la COVID-19 et à l’aide humanitaire d’urgence.

Et cela au détriment des programmes ordinaires de vaccination, de dépistage des maladies graves, de scolarisation et de lutte contre les violences faites aux femmes. Ces mesures nécessaires se solderont malheureusement par un ralentissement, voire un recul en termes de développement humain.

Une crise qui aura des répercussions sur chacun d’entre nous

Nous sommes tous interreliés dans le monde d’aujourd’hui. Les conditions sanitaires dans un marché de Wuhan ont déclenché une crise mondiale. Le Québec à son tour est devenu l’un des foyers les plus importants du coronavirus. En Suède, où il n’y a pas eu confinement pour ne pas contraindre l’économie, le ralentissement économique a atteint des niveaux comparables aux pays voisins. Il ne peut être plus clair que la santé physique et économique des uns est tributaire de celle des autres. Plus nous allons bien, plus les autres vont bien et vice-versa. Notre économie globalisée est fondée sur la mobilité des biens et des personnes. Il n’y aura ni santé publique ni relèvement économique stable ici sans que ce soit le cas partout.

Malgré tout, il y a de l’espoir si la population, les organisations de la société civile comme Mission inclusion (anciennement L’Œuvre Léger) et les gouvernements font front commun et globalisent la solidarité.

Grâce à un fonds spécial mis sur pied par Mission inclusion, les partenaires sur le terrain ont rapidement mis en place des mesures provisoires pour aider les populations frappées par la COVID-19 : distribution de nourriture, transfert d’argent aux travailleurs très vulnérables qui ont été mis en quarantaine, mise à disposition des agriculteurs des dispositifs de protection, vulgarisation des messages contre la propagation du virus, soutien à la transition virtuelle.

Aussi vitales soient-elles, ce ne sont toutefois que des actions d’urgence et nous devrons continuer les efforts pendant plusieurs années pour vaincre cette pandémie et permettre une reprise possible de l’économie et du développement de ces pays.

Dans ce contexte, nous faisons appel à la solidarité de chacun pour continuer à soutenir les populations vulnérables qui font face à une crise économique et humanitaire durable sans précédent.