En réponse à la chronique de Chantal Guy, « Le poêle », publiée le 28 juillet

Emmanuel Choquette Emmanuel Choquette
Doctorant en science politique à l’Université de Montréal

Aux questions que vous posez : « Pourquoi c’est toujours à moi de me défendre ? Les hommes n’ont donc aucune responsabilité là-dedans ? », j’esquisse une réponse : parce que dès le plus jeune âge, on apprend qu’être un homme, c’est être plus fort qu’une fille. Au centre de cette réponse, on retrouve la loyauté à tout prix, même au prix d’encourager, de ne pas dénoncer ou même de répéter des comportements que l’on sait inacceptables depuis longtemps.

Par exemple, à l’école primaire, je me rappelle bien tous ces moments où c’était « les gars contre les filles » : fallait choisir son camp. Et c’était bien plus qu’un jeu. C’était : « T’as intérêt à ne plus parler aux filles, sans cela, tu fais plus partie de la bande » ou, pire, « t’es une maudite (mettez le mot que vous imaginez ici) ! » Que faire alors quand tu veux continuer à jouer avec elles ? Ben… tu ne joues plus avec elles, en fait, ou en cachette. Le risque est grand à cet âge ; c’est un peu comme dans La guerre des tuques… Et ça prend de l’ampleur au secondaire.

Je ne compte plus les blagues méprisantes sur telle fille qui couche avec tout le monde ou l’autre qui serait encore plus (mettez encore le mot qui vous vient à l’esprit) qu’elle ! Et si tu parles, si tu dis à haute voix au gars méprisant qu’il exagère, qu’il ne devrait pas traiter les filles comme ça, tu t’exposes à des sanctions. Est-ce qu’on va me péter la gueule ? Possible. Est-ce qu’on va encore une fois me traiter de (…) ? C’est fort possible. Et si j’ose en plus ajouter qu’il n’y aurait pas plus de mal à être un (« comme ils disent », dixit Aznavour), ça pourrait aller encore plus mal.

Chaque fois, c’est l’impression d’être déloyal, inadéquat, et surtout celle de ne pas être un vrai gars.

Parlant de vrai gars, ça me rappelle cette période de ma vie où, chantant dans les bars, des potes me disaient : « T’es pas assez viril, les femmes aiment ça la puissance. Il faut te tenir droit, fléchis surtout pas les poignets… » Le jeune homme dans la vingtaine que j’étais alors a parfois fini par croire qu’en effet, pour être un homme, un vrai, il faut dominer les femmes. À la limite, il faut leur faire peur, sans ça « y’ont pas de challenge » ! Cette phrase, même des femmes me l’on servie !

La pression reste forte aujourd’hui : à preuve, la rédaction de cette lettre. Quelle sera la réaction autour de moi ?

Je crains bien sûr de me mettre à dos mes compères, mes potes. Pas que je suis entouré de machos finis ou de mâles dominants, non, bien au contraire. Mais, quand même, ces comportements, ces attitudes qui m’accompagnent depuis toujours (et je vous épargne le modèle pour le moins discutable de relation homme-femme que mes parents m’ont transmis), j’ai encore peur de les dénoncer par crainte d’être exclu, renié non seulement par mon clan, mais par une bonne partie de cette société qui m’a montré ce que c’est qu’être un homme, un vrai.

Lisez la chronique de Chantal Guy, « La poêle »