Dérives du camping sauvage en Gaspésie, touristes bloqués à Baie-Comeau et à Sept-Îles faute d’hébergement sur la Côte-Nord : la saison estivale en temps de pandémie amène son lot de défis pour les acteurs touristiques, les élus régionaux et maintenant la sécurité publique.

Alice de Swarte Alice de Swarte
Coordonnatrice en conservation et analyse politique à la Société pour la nature et les parcs, section Québec (SNAP Québec)

Les incivilités de certains individus sont évidemment à déplorer, tout comme les dégradations commises, d’autant plus lorsqu’elles frappent les précieux milieux naturels des régions visitées. Mais au-delà de ces impacts négatifs, l’afflux sans précédent de touristes sur les rives du Saint-Laurent témoigne surtout de l’engouement des Québécois pour les destinations nature d’ici et doit nous encourager à bonifier l’offre touristique axée sur la nature.

La pandémie que nous vivons a démontré de multiples façons que l’accès à la nature est un service essentiel pour la population. Elle nous montre aujourd’hui que malgré l’immensité du territoire québécois, nous manquons d’espaces pour satisfaire pleinement à ce besoin.

Tandis que des élus locaux réclament une surveillance accrue sur les plages gaspésiennes pour la saison 2020, le gouvernement doit aussi proposer des solutions à long terme pour offrir un accès à la nature à tous les Québécois dans des conditions qui garantissent la protection des milieux naturels.

Les aires protégées

Si la vocation des aires protégées est d’abord et avant tout de protéger les éléments écologiques et culturels qu’elles abritent, ces territoires sont le plus souvent hautement compatibles avec une mise en valeur récréotouristique.

Panoramas grandioses, découvertes uniques, activités sportives et ressourcement dans la nature sont le cocktail que de nombreux vacanciers recherchent… et que les aires protégées peuvent justement offrir. L’achalandage toujours croissant de nos parcs nationaux en est un bon exemple.

Plusieurs territoires en attente de protection de part et d’autre du Saint-Laurent permettraient de bonifier significativement l’offre touristique, et ainsi éviter les situations d’encombrement que l’on peut observer actuellement, tout en générant de nombreux bénéfices pour les économies régionales et la santé des Québécois.

La concrétisation de ces projets permettrait également de contribuer à l’atteinte des cibles internationales de protection du territoire d’ici la fin de l’année.

– Avec ses montagnes escarpées, ses prairies alpines et ses chutes d’eau époustouflantes, les monts Chic-Chocs abritent un potentiel inexploité pour les loisirs de plein air et pourraient constituer une nouvelle étape dans le circuit gaspésien. Ils sont en attente de protection depuis 2013, tout comme six autres territoires du Bas-Saint-Laurent, dont le lac de l’Est et la rivière Cascapédia.

– Sur la Côte-Nord, le projet de parc national du Lac-Walker viendrait bonifier l’offre d’hébergement et offrir une vaste gamme d’activités dont le canot, l’escalade et la randonnée. Alors que la Côte-Nord ne compte actuellement aucun parc national, la concrétisation de ce projet porté par plusieurs acteurs locaux générerait de nombreuses retombées positives, notamment en matière d’emplois et de rétention des jeunes en région. Rappelons que selon des estimations de la SEPAQ, chaque dollar investi dans un parc génère 15 $ de retombées économiques.

– Un peu plus loin, en Minganie, la rivière Magpie (Mutehekau Shipu) est classée parmi les 10 meilleures rivières au monde pour la pratique des activités en eau vive, selon le National Geographic. La Première Nation d’Eukuanitshit ainsi que plusieurs promoteurs touristiques attendent la protection de la Magpie, une des dernières grandes rivières sauvages du Québec, pour développer une offre axée sur le tourisme d’aventure et le tourisme autochtone.

Protégés, ces territoires pourraient devenir de nouvelles destinations pour les Québécois comme pour les touristes internationaux dès la saison 2021.

Des lieux d’apprentissage et de réconciliation

En plus de leurs bienfaits immenses pour la santé mentale et physique, les aires protégées sont des lieux de prédilection pour sensibiliser les visiteurs à la fragilité des milieux naturels et pour inculquer des pratiques de plein air responsables.

Par ailleurs, des initiatives de conservation autochtones comme le projet d’aire protégée du Pipmuacan, mené par le Conseil des Innus de Pessamit, sont des actions structurantes pour permettre la transmission des connaissances et des pratiques traditionnelles associées au territoire. La protection du Pipmuacan viendrait soutenir les efforts des Pessamiulnut pour initier les jeunes générations aux pratiques et aux savoirs de leurs aînés, mais aussi offrir un lieu de découverte de la culture innue, permettant d’éveiller les Québécois à un autre rapport à la nature et favorisant la réconciliation.

Plus que jamais, les Québécois ressentent le besoin d’être en contact avec la nature et de profiter des attraits naturels de nos régions. La crise de la COVID-19 nous offre une occasion sans précédent de bonifier l’offre touristique afin de garantir un accès à la nature pour tous et de soutenir les économies régionales. Le gouvernement la saisira-t-il ?