En réponse au texte de Normand Mousseau, « Masques obligatoires, science optionnelle », publié le 11 juillet

MATHIEU ST-ONGE
Conseiller en communication

Depuis le début de la pandémie, on fait grand cas (avec raison) des complotistes qui pullulent et qui, à coups de théories vaseuses amalgamant vaccin, micropuce, 5G, « chemtrails » et autres « nouvel ordre mondial », appellent à défier les règles ou les recommandations sanitaires émises par les autorités de santé publique.

Ce dont on parle un peu moins, c’est de ces scientifiques qui, sans nécessairement verser dans la théorie du complot, remettent en cause certaines de ces mêmes règles ou recommandations sanitaires sur la base de leurs seules opinions, et ce, à grand renfort de raccourcis intellectuels et de demi-vérités. Et donc, au mépris de la science, dont pourtant ils se réclament.

Ça semble, par exemple, être le cas de Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal. Ce dernier a publié un texte d’opinion qui est en fait une charge à fond de train contre le port du masque obligatoire, voire du masque tout court, dans la population.

Pour appuyer sa position, il affirme ainsi d’entrée de jeu que « les évidences scientifiques démontrant l’utilité du port du masque généralisé pour éviter la propagation d’un virus sont très faibles, particulièrement dans un contexte où ce virus est très peu répandu (on parle, au Québec, par exemple, de moins de 100 nouveaux cas par jour pour une population de plus de 8 millions d’individus) et que des mesures de distanciation physique sont en place ».

Précisions de l’Organisation mondiale de la santé

Or, quoi qu’en dise ou en pense notre professeur de physique – lequel, je n’en doute pas une seconde, doit exceller dans son propre domaine de recherche –, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui affirmait jusqu’au début du mois dernier qu’« il n’y a actuellement pas assez de données permettant de formuler des recommandations tendant à conseiller ou à déconseiller le port du masque (médical ou autre) aux personnes en bonne santé dans les espaces collectifs », a depuis révisé sa position sur le port du masque grâce… à l’avancement des connaissances scientifiques.

En effet, dans un avis publié le 10 juin, l’OMS estime désormais, compte tenu de l’évolution des données, « que les gouvernements devraient inciter le grand public à porter un masque lorsque la transmission est “généralisée” et quand la distanciation physique est “difficile” comme dans les transports publics, les commerces ou les autres lieux confinés ou très fréquentés ».

Sur quoi l’OMS se base-t-elle pour faire ces nouvelles recommandations ? Sur la science, qui n’est pas une option : « L’efficacité du masque est en effet confirmée par de récentes études, à commencer par celle d’une équipe canadienne diligentée par l’OMS dont les conclusions ont été publiées au début du mois par la revue The Lancet. Il en ressort que le port du masque réduit la probabilité d’être contaminé par le coronavirus de 85 % en cas de rencontre avec une personne infectée. »

Comble de science non optionnelle, dans cette même revue, « une méta-analyse de 172 études observationnelles menées dans 16 pays et sur six continents fait apparaître que le taux de contamination des personnes en bonne santé côtoyant un individu touché par la maladie passe de 17,4 % à 3,1 % si elles se protègent le visage ».

Pourtant, cela n’empêche nullement notre professeur de renchérir en insistant sur « la très faible utilité démontrée de la mesure » du port généralisé du masque et d’affirmer du même souffle que l’administration montréalaise, en choisissant d’imposer le port du masque dans les commerces et les espaces publics intérieurs en plus des transports en commun, « choisit la répression pour imposer son idéologie ».

Non content d’accuser l’administration Plante et les autorités de santé publique de verser dans l’idéologie répressive, M. Mousseau se permet aussi d’ironiser sur le dos de ceux qu’il appelle les « ayatollahs du masque », en rappelant qu’« [o]n n’a encore rapporté aucune éclosion dans une bibliothèque, que je sache ! ». Le hic ici, c’est que notre professeur omet cette fois de mentionner que les bibliothèques ont été fermées pendant la majeure partie de la pandémie, la Grande Bibliothèque n’ayant par exemple rouvert ses portes au grand public que le 2 juillet dernier.

Bref, en plus d’assister à de nouvelles éclosions de COVID-19, il semble que nous assistions à de nouvelles éclosions de fumisterie. Et malheureusement, il semble aussi que personne (pas même les scientifiques !) ne soit à l’abri.

> Lisez « Masques obligatoires, science optionnelle »