Le succès de fréquentation et la qualité des prestations en relations publiques qui les encadrent sont-ils des baromètres de la qualité des expositions ?

René Viau René Viau
Critique d’art

La programmation muséologique de Nathalie Bondil au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) était avant tout basée sur l’exploitation des fantasmes de la classe moyenne en matière artistique. (Warhol, Yves Saint Laurent, Jean Paul Gaultier ou Thierry Mugler…) et ce au détriment d’une véritable volonté de documenter et d’éclairer la notion de beaux-arts, et le travail des artistes québécois et canadiens, vus davantage comme un handicap aux yeux de l’ex-directrice.

Pour ma part, je n’ai visité, depuis qu’elle est en poste, aucune exposition intéressante et qui pourrait être comparable à ce que font les grands musées internationaux.

Il y a deux ans, et dans sa version montréalaise, D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui s’alignait avec opportunisme sur la tendance politiquement correcte en torpillant un sujet autrement passionnant.

Présentée faussement par Nathalie Bondil dans le catalogue comme la première exposition Calder au Canada – Québec avait montré cet artiste plusieurs années auparavant –, l’exposition Calder montée par le MBAM en septembre 2018 comportait de nombreuses lacunes et omissions. On ignorait ainsi dans le catalogue et les panneaux en salle l’Araignée rouge installée sur le parvis de la Défense à Paris, pourtant l’une des sculptures monumentales les plus importantes de cet artiste.

Je me souviens d’avoir vu, durant le « règne » Bondil, nombre d’expositions itinérantes sans aucune conséquence. Love is Love par exemple sur les années 60. Le visage si effervescent de ces années se réduisait à quelques clichés réducteurs. La présentation consacrée à l’artiste Peter Doïg constitue à mon souvenir peut-être la seule découverte ou émotion véritable que j’ai ressentie durant toutes ces années au MBAM.

Je vais remonter loin mes souvenirs, mais le pompon à cet égard a sans doute été, en 2006, Catherine La Grande, chefs-d’œuvre du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, avec comme élément focal un impressionnant carrosse datant de 1717 pour lequel nous n’avions aucune preuve qu’il fut véritablement utilisé par Catherine II pour son sacre en 1762. Il serait illusoire d’expliquer le succès de fréquentation de cette présentation par un réveil soudain d’enthousiasme pour l’histoire russe ou un regain esthétique inespéré pour le XVIIIsiècle. À la manière d’un manifeste, l’exposition annonce la recette Bondil à venir. Comme je l’expliquais alors dans ma critique du sujet, l’étalement de cette opulence « Grande Russie » s’y faisait au détriment d’une véritable distance critique face au thème développé en sinuant entre un aspect accrocheur évident et les velléités d’y accoler une dimension historique ou érudite. Oui, le Musée des beaux-arts de Montréal mérite mieux.