Le meurtre d’une femme est qualifié de féminicide quand il résulte d’un continuum de violence et de terreur incluant un éventail d’abus verbaux et physiques, et s’exerçant spécifiquement contre elle, en raison de son sexe. L’Observatoire canadien du fémicide (sic) pour la justice et la responsabilisation (OCFJR) vient d’annoncer, via Twitter, qu’il y a eu 78 féminicides depuis le début de l’année 2020, soit un meurtre de ce type tous les 2,3 jours. À ce rythme, le taux de féminicides aura augmenté de 15 % cette année (136 femmes et filles ont été tuées en 2019)*.

Marie-Claude Girard et Danielle Bellange
Membres du groupe Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec)

Il est bien établi que les femmes et les filles sont tuées dans des contextes différents de celui des hommes. En 2019, 55 % des femmes ont été tuées dans leur propre maison ou dans celle qu’elles partageaient avec l’accusé. Les agresseurs ont, bien souvent, des antécédents d’actes de violence physique, psychologique ou sexuelle ou un comportement de contrôle coercitif.

Lorsque les pères tuent leurs enfants, c’est souvent dans le contexte d’antécédents de violence familiale et de représailles contre leur conjointe pour avoir mis fin à leur relation. Est-ce la tragique histoire de Norah et de Romy Carpentier ?

Les mesures de confinement des derniers mois ont-elles eu comme effet d’exacerber des réactions violentes et peuvent-elles expliquer en partie l’augmentation des féminicides à ce jour ?

En favorisant le télétravail, plusieurs femmes se sont trouvées confinées avec leurs agresseurs, multipliant ainsi les occasions de violence et limitant les possibilités de fuite ou de périodes d’apaisement à l’extérieur de leur domicile.

Notons que la majorité des féminicides le sont dans un contexte de violence conjugale et qu’une proportion non négligeable implique des connaissances plus éloignées ou des inconnus. C’est le cas des féminicides liés à la traite des personnes, au crime organisé ou au meurtre de femmes et de filles autochtones.

Il est impératif que cela cesse ! Il est essentiel de comprendre le contexte des féminicides pour prévenir cette ultime violence.

En 2016, les Nations Unies ont appelé les pays à mettre en place un observatoire des féminicides et de la violence à l’égard des femmes en plus de publier tous les ans les données pertinentes et de les analyser. Le féminicide est de plus en plus reconnu comme une violation globale, répandue et persistante des droits de la personne. Aucun pays n’est libre de ce type de violence. Une recension plus complète des féminicides est une étape essentielle pour comprendre, prévenir et contrer les féminicides. Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec) demande expressément aux gouvernements fédéral et provincial de reconnaître officiellement l’existence des féminicides dans leurs Chartes et leurs lois et de mettre en place les mesures nécessaires pour les prévenir et les contrer. PDF Québec demande également au gouvernement du Québec de se doter d’un observatoire québécois des féminicides pour documenter, analyser et réviser les données sur les féminicides au Québec, avec une visée préventive.

Il est urgent que nos gouvernements mettent en œuvre les « appels à la justice » de la commission Viens sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec ainsi que ceux de la Commission d’enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées (ENFFADA). Parmi ceux-ci, mentionnons le financement pérenne visant à reconnaître, prévenir et éliminer les agressions à caractère sexuel par la sensibilisation des populations des communautés et des villages autochtones à ce fléau ainsi que le financement d’un réseau de maisons d’hébergement pour femmes autochtones.

Toutes ces mesures doivent être mises en place urgemment, en mémoire aux victimes de féminicides de l’année en cours et surtout, afin de prévenir la survenue d’autres drames.

* Consultez le rapport 2019 de l’OCFJR