Si vous êtes mordus de médias autant numériques que traditionnels, si votre travail exige que vous soyez à l’affût de ce qui se passe dans le monde ou si vous gérez des médias sociaux au quotidien, vous devez sûrement vous demander dans quelle ère nous vivons. Feux de forêt, pandémie, invasion de sauterelles, mort tragique qui ravive le débat sur le racisme systémique, lois qui essayent d’outrepasser la démocratie, mort d’une baleine qui soudain devient la propriété symbolique d’une ville, et j’en passe.

Al Hassania Khouiyi Al Hassania Khouiyi
Responsable des communications, CEVI, Sept-Îles

Des événements d’exception s’emboîtent l’un à l’autre depuis le début de l’année, j’en viens à me demander qui a amorcé une partie de Jumanji parce que, voyez-vous, ce ne sont pas les Van Pelt qui manquent. Finissez votre partie, s’il vous plaît, et rechassez les Van Pelt tant qu’à y être ! Dans ma naïveté humaine, je me demande comment expliquer ces évènements ? Série de coïncidences ? Colère de Dieu ? Vengeance d’une nature malmenée depuis des siècles ? Complots ficelés par un ordre d’êtres qui se pensent supérieurs au commun des mortels ? Plan des reptiliens pour régner sur la terre ?

Quelle que soit l’explication plausible ou farfelue, ce n’est pas la première fois qu’une série d’événements malheureux s’abat sur les humains. Alors détrompons-nous ! 2020 n’a pas reçu de malédictions, il suffit simplement de mettre les faits en perspective.

Je pense tout simplement à mes grands-pères, Dieu ait leurs âmes, qui sont venus au monde dans les années 20. Ils ont connu la grippe espagnole (bien que ce soit à la fin de la pandémie et qu’ils aient été nourrissons à l’époque, le fait est qu’ils étaient contemporains de cette calamité), ils ont connu la dépression économique mondiale, ils ont vécu sous l’emprise de la colonisation française, ils ont vécu la famine au Maroc où il fallait un bon pour avoir un morceau de pain, ils ont été témoins d’invasions de sauterelles, de tremblements de terre, d’inondations et de deux coups d’État. Cela en fait beaucoup pour une vie, et s’ils ne nous avaient pas quittés il y a quelques années, ils auraient vécu également la COVID-19.

Comme mes grands-parents, je ne doute pas que les vôtres ont été contemporains d’événements aussi accablants. Voyez-vous, nous ne sommes pas les seuls qui doivent cheminer à travers une ère où les mauvaises nouvelles éclipsent les bonnes. Nous ne sommes pas les seuls qui doivent avancer en dépit de circonstances hostiles. Les obstacles, qu’ils soient naturels ou provoqués, font partie de la vie, une vie que chaque jour des milliers de gens tentent de rendre meilleure en sacrifiant leur temps, leur sécurité et leur bien-être.

Aussi vrai soit notre désir d’information, aussi vital soit notre besoin de renseignements, nous nous devons de relater le positif comme le négatif. Nous nous devons de célébrer les victoires, aussi petites soient-elles, au même titre que nous pleurons nos pertes. Nous nous devons de souligner les efforts constructeurs au même titre que nous condamnons les gestes destructeurs.

J’ai lu dernièrement avec beaucoup d’affliction des témoignages de gens touchés par tout ce qui arrive et j’ai lu avec désolation des écrits qui ont perdu espoir en l’humanité.

Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre confiance en notre prochain. Le monde foisonne d’actes posés pour venir en aide aux plus démunis. J’ai vu des chefs étoilés comme José Andrés qui voyage à travers le monde pour offrir des repas dignes de ce nom aux accablées. J’ai vu des champions de la NBA comme Stephen Curry offrir des repas aux enfants qui comptaient sur ce que les écoles offraient avant leur fermeture en raison de la COVID-19. J’ai vu du personnel médical et paramédical offrir des chirurgies réparatrices aux enfants nés avec des fentes labiales ou palatines. J’ai vu des musées, des ballets, des écrivains rendre des produits culturels gratuits afin de contribuer à la santé mentale des confinés. J’ai vu l’humain se mobiliser pour l’amour de son prochain. Ces gens extraordinaires sont des gens comme vous et moi, et si nous voulons prendre part à cette solidarité mondiale, nous n’avons qu’à partager ces belles initiatives et les faire connaître, nous n’avons qu’à contribuer à semer l’espoir en l’humanité.

Des initiatives comme SUCO – Solidarité union coopération, Playing for Change, Operation Smile, Eat. Learn. Play., etc., nous aident à rêver d’un monde meilleur, parce que si nous cessons de rêver, nous cesserons d’être humains.