La crise de la COVID-19 sera-t-elle, pour la pratique du vélo, un coup d’accélérateur aussi fort que l’a été à Montréal BIXI il y a 11 ans ? En tout cas, le vélo s’est révélé, au fil du confinement et du déconfinement, un moyen de transport fabuleusement adapté autant aux impératifs de distanciation qu’aux désirs d’évasion de proximité.

Christian Savard Christian Savard
Directeur général de Vivre en Ville, et 10 cosignataires *

Ce sont d’abord les marchands de vélo qui ont signalé une augmentation de leurs activités. Alors que vente et réparation de cycles avaient été malencontreusement oubliées dans la liste des services essentiels, sitôt l’oubli réparé, il leur a fallu redoubler d’efforts pour répondre à la demande. Ce printemps, plusieurs annonçaient un carnet de commandes déjà plein jusqu’aux vacances de la construction, et ça ne semble pas près de dérougir dans les ateliers.

Les cyclistes en devenir ont, eux aussi, bénéficié du confinement à domicile de leurs parents. Les parcs, les ruelles et surtout les rues ont accueilli les premiers exploits à vélo de nombreux enfants qui grossiront peut-être, dès cet été, les rangs des cyclotouristes. Et qui sait, à la rentrée, peut-être les verra-t-on se rendre à leur école à vélo ?

Parmi les cyclistes occasionnels, plusieurs ont (re)découvert les atouts du vélo comme mode de transport efficace et bien adapté à la plupart des déplacements quotidiens… à condition de disposer d’aménagements confortables et sécuritaires sur tout le trajet et de stationnements au point d’arrivée.

Justement, la crise qui a sorti chacun de sa zone de confort a aussi été un déclencheur, chez plusieurs décideurs, pour rééquilibrer l’espace urbain en faveur des transports actifs. Un virage salutaire, car la COVID-19 n’a pas seulement mis en lumière la vulnérabilité des CHSLD. Elle nous a aussi permis de constater tout l’espace occupé par la voiture et de prendre conscience de l’avantage d’habiter dans des milieux de vie de qualité, conviviaux et accessibles à tous.

Faire de Montréal un collectivité cyclable

Ainsi, Montréal, au-delà des aménagements temporaires rendus nécessaires par la crise sanitaire, a accéléré la mise en place du REV (Réseau express vélo). Plusieurs arrondissements déploient également des mesures. À titre d’exemple, à Rosemont–La-Petite-Patrie, on avance sur deux fronts. L’approche des superblocs permettra d’apaiser les rues locales pour y rendre tous les déplacements plus sécuritaires, tandis que sur les artères les plus achalandées, comme Saint-Zotique et Bellechasse, les cyclistes auront accès à des voies dédiées.

Tous ces aménagements, et ceux qui suivront, pourraient faire de Montréal une véritable collectivité cyclable où les jeunes, les familles, les femmes d’affaires et les personnes plus âgées se déplacent à vélo, avec plaisir et sans crainte. Faire du vélo, c’est bon pour la santé : cela ne devrait pas être une activité réservée aux plus aguerris.

La COVID-19 a transformé nos villes en laboratoires où l’on teste des pratiques innovantes. Il faudra suivre de près ces expériences, documenter l’appréciation des usagers et revoir les aménagements, lorsque nécessaire. Bien sûr, il y aura des combats d’arrière-garde pour que rien ne bouge. Le changement trouve toujours ses récalcitrants et il est parfois tentant de faire des gains politiques sur une grogne localisée, même minoritaire. Mais il y a fort à parier que dans bien des cas, le succès sera au rendez-vous et nous ne reviendrons pas en arrière.

Les grandes crises sont souvent des accélérateurs de changement. Avant la COVID-19, le vélo avait déjà le vent dans les voiles. Le besoin et les connaissances étaient déjà là ; la crise aura été l’occasion de mettre, plus vite, davantage de moyens au service du changement de culture qui était en train de s’opérer.

Cet été nous permet d’accélérer une transition réclamée depuis longtemps par des médecins, des économistes, des environnementalistes. Si le vélo peut être un des bénéficiaires de la crise, c’est aussi la ville et nous tous qui y gagnerons. Mais pour cela, il nous faut accepter, pour lui donner l’espace nécessaire, de remettre en question une partie des pieds carrés actuellement cédés à la voiture.

* Cosignataires : Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente, Association canadienne des médecins pour l’environnement
Colleen Thorpe, directrice générale, Équiterre Corinne Voyer, directrice, Coalition Poids
Diego Creimer, co-directeur général par intérim (Québec et l’Atlantique), Fondation David Suzuki
Emmanuel Rondia, directeur général par intérim, Conseil régional de l’environnement de Montréal
Marie-Soleil Cloutier, professeure agrégée, Laboratoire piétons et espace urbain, Institut national de la recherche scientifique
Paul Lewis, vice-recteur associé, Vice-rectorat aux relations avec les diplômés et à la philanthropie, Université de Montréal
Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire, Chaire de gestion du secteur de l’énergie, HEC Montréal
Suzanne Lareau, présidente-directrice générale, Vélo Québec
Véronique Fournier, directrice générale, Centre d’écologie urbaine de Montréal