À quelques jours du 4 juillet (Jour de l’indépendance), les États-Unis peinent encore à se sortir de la première vague de la pandémie du coronavirus. Plusieurs États, dont la Floride, le Texas et l’Arizona, enregistrent une augmentation marquée du nombre de cas d’infection à la COVID-19.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Avec un bilan d’au-delà de 2,5 millions d’Américains infectés et plus de 125 000 autres qui en sont morts, les États-Unis remportent le triste championnat mondial des pays les plus touchés. Et les experts américains prévoient qu’une seconde vague frappera dès cet automne.

Bien sûr, si on en juge par le comportement du président Trump et de son vice-président Pence, la situation semble se normaliser. Mais quoi qu’ils en pensent, cette crise sans précédent sera au cœur de la prochaine campagne électorale. Et la performance du président Trump en ressent de plus en plus les effets dans les sondages.

Un début d’année en force

À la mi-janvier 2020, le président Trump a affronté un procès en destitution (impeachment) au Sénat. Il est ainsi devenu le troisième président de l’histoire américaine à faire face à une telle procédure. Grâce à l’appui de la majorité républicaine au Sénat, ce procès s’est soldé par son acquittement le 5 février. Donc, une victoire pour Trump !

Début février, l’économie américaine roulait à plein régime avec un taux de chômage de seulement 3,5 %. Trump a aussi conclu une entente commerciale avec la Chine, laquelle suivait un accord de principe avec le Canada et le Mexique. L’équipe électorale du président, avec des coffres remplis et des assemblées de militants courues, pouvait donc espérer remporter un deuxième mandat.

Le vent tourne

C’est à partir de la mi-février et du mois de mars que le coronavirus a frappé de plein fouet en Europe et en Amérique. Malgré l’ampleur grandissante du drame, le président Trump s’est montré insouciant, voire en déni.

L’absence de préparation de son administration pour affronter cette crise était des plus évidentes. Le manque d’équipement et de ressources dans les hôpitaux déjà débordés ont alarmé la population. Ce sont donc les gouverneurs d’État, comme Andrew Cuomo de New York, qui ont dû exercer leur leadership et décréter des mesures de confinement.

Le président Trump, accompagné de son comité de crise comptant le réputé docteur Anthony Fauci, a finalement agi pour limiter l’impact du virus. Mais le mal était fait…

En raison des mesures de confinement, l’économie américaine a été durement frappée. Résultat : plus de 47 millions d’Américains sont aujourd’hui inscrits au chômage. Avec un taux d’inemploi de près de 14 %, la performance économique est loin de ce qu’elle était il y a trois mois à peine. Trump a ainsi perdu SON grand atout pour sa réélection.

Des moments pivots

Le 26 mai dernier, un citoyen afro-américain, George Floyd, a été tué par un policier à Minneapolis. Sa mort a été captée par une caméra vidéo et les images, devenues virales, ont choqué l’Amérique.

Une série de manifestations sous l’égide du mouvement Black Lives Matter ont éclaté dans plusieurs villes américaines. La plupart furent pacifiques, mais d’autres ont dégénéré en affrontements et en émeutes. Plutôt que de se montrer rassembleur, le président Trump en a profité pour fustiger les gouverneurs d’État pour leur « mollesse » envers les manifestants.

Le 1er juin, à la suite d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, le président Trump s’est livré à une séance de photo surréaliste, Bible à la main, devant une église du voisinage. Son but : démontrer son leadership face à cette nouvelle crise. Pour assurer sa sécurité, les forces de l’ordre ont dû disperser de façon musclée des manifestants pourtant pacifiques qui exigeaient une réforme de la police.

Dans un geste sans précédent, l’ancien secrétaire à la Défense, le général Jim Mattis, a critiqué publiquement Trump pour son « manque de respect pour la Constitution américaine ». D’autres anciens généraux ont aussi émis leurs réserves publiques face à la volonté du président de déployer des soldats américains contre leurs propres concitoyens.

Pendant ce temps, les manifestations se multipliaient (même à l’échelle internationale) et d’autres images de brutalité policière émergeaient.

Comme pour sa gestion de la pandémie, Trump a paru sur la défensive et pris au dépourvu face à cette nouvelle crise reliée aux tensions raciales. Son discours fut peu inspirant et ses interventions souvent très polarisantes.

Biden en avance

On se souvient que pendant l’élection de 2016, Trump s’est présenté comme le candidat anti-establishment et porte-parole des Américains négligés et abandonnés par la classe politique précédente.

Alors qu’Hillary Clinton menait en partie une campagne déficiente, Trump réussissait à mobiliser de nouveaux électeurs et à créer l’espoir du changement avec ses politiques en matière d’immigration (la construction d’un mur entre les États-Unis et le Mexique) et de mondialisation (la remise en question des traités de libre-échange).

Mais en 2020, Trump sera jugé avant tout pour sa performance comme président. Selon les plus récents sondages, une majorité d’Américains jugent qu’il a mal géré la pandémie de même que la crise touchant les tensions raciales. C’est sans compter que l’économie (son point fort) est loin d’une reprise.

Pendant ce temps, Joe Biden prend l’avance de façon marquée sur le plan national (sondage New York Times : 14 points d’avance, sondage Fox News : 12 points d’avance). Plus important encore, il devance Trump dans six États-clés (Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie, Caroline du Nord, Floride et Arizona).

Le candidat démocrate mène actuellement une campagne discrète et prudente. Pendant l’été, il annoncera le nom de sa colistière (il a promis de choisir une femme), ce qui pourrait lui apporter un autre souffle.

Il est encore tôt pour conclure que la tendance est définitive (on n’a qu’à se rappeler la volatilité des sondages en 2016…).

Mais chose certaine, cette élection sera avant tout un référendum sur la performance de Donald Trump et sa capacité de diriger son pays. Bref, on est loin de l’espoir et du changement… Ce qui fait que Donald Trump devient de plus en plus vulnérable face à l’adversaire Joe Biden.