En plus de ses impacts sanitaires, sociaux et fiscaux, la pandémie de COVID-19 suscitera probablement de véritables débats sur l’avenir de nombreuses politiques publiques et économiques.

Catherine Loubier et Maryscott Greenwood
Respectivement déléguée du Québec à New York et directrice générale du Conseil des affaires canado-américaines

Deux approches distinctes émergent déjà. Il y a ceux qui s’attendront à ce que des comptes soient rendus. Ceux-là mêmes qui répondront à cette crise de façon impulsive et émotive comme alternative à des politiques publiques avisées et responsables. En matière de commerce international, leurs réflexes seront protectionnistes. Ils retourneront dans leur forteresse, restreindront l’accès à leur marché intérieur, décourageront les investissements étrangers et, d’une manière générale, excluront le reste du monde. Nous entendons déjà des appels à « raccourcir les chaînes d’approvisionnement » et à « accroître l’autosuffisance ».

Cette notion peut avoir un attrait à court terme et apparaître satisfaisante en surface. Cependant, sur le marché nord-américain intégré, elle saperait et mettrait même en péril la prospérité et la compétitivité à long terme. Ce serait le moyen idéal de faire passer la misère avant la souffrance économique. Personne ne gagnerait.

Heureusement, il existe une meilleure solution.

Regardez les derniers mois. La frontière canado-américaine a été qualifiée de « fermée ». En réalité, elle est restée ouverte à la plupart des échanges commerciaux, et nous devons nous en féliciter.

Les rayons des magasins sont demeurés bien garnis. La moitié de la nourriture sur la table des Canadiens provient des États-Unis, et elle a continué à circuler, sans interruption, pendant le pire de la crise. Les camions ont continué à rouler. La réalité est que les États-Unis vendent plus de marchandises au Canada qu’à tout autre pays, et que le Canada est la plus grande source d’importations aux États-Unis. Cela reste inchangé.

Nos deux pays forment le bloc commercial le plus prospère du monde. Ils constituent une économie intégrée, avec des flux logistiques partagés, complexes et tentaculaires. Les « raccourcir » donnerait comme effet de littéralement marquer dans notre propre but.

Alors même que les frontières se sont fermées dans le monde entier en mars, les gouvernements canadien et américain ont décidé de ne restreindre que les voyages non essentiels, principalement le tourisme.

Au cours des premières phases de la pandémie, lorsque l’acquisition vitale d’équipements de protection individuelle (EPI) est devenue un sujet public particulièrement sensible, la Maison-Blanche a invoqué une loi autorisant le gouvernement américain à intercepter et à rediriger tout envoi de fournitures médicales essentielles vers des pays étrangers. Sauf pour le Canada et le Mexique. Parce que nous avons immédiatement engagé l’administration Trump sur de nombreux fronts. Elle a ainsi reconnu par écrit que la perturbation des ententes de commerce avec le Canada porterait atteinte à l’intérêt national des États-Unis. Tout au long de cette crise, la coopération historique a été testée et s’est avérée exemplaire.

Et maintenant, alors que nos économies se déconfinent, les entreprises des deux pays demandent d’une seule voix que cette réouverture soit coordonnée ; que, quoi que nous fassions, nous le fassions ensemble.

Le mouvement de relance nommé « rebond nord-américain » a débuté par une conversation entre le Conseil des affaires canado-américaines et la Délégation générale du Québec à New York.

Dès le départ, la North Country Chamber of Commerce de New York, la Fédération des chambres de commerce du Québec et les entreprises des économies étroitement liées du Québec, du Midwest, de la côte Ouest, du Vermont et du Sud-Est ont voulu s’impliquer. Le soutien s’est répandu plus rapidement que nous l’avions imaginé, avec plus de 40 signataires en une seule semaine.

Les gouvernements du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta sont également derrière cette initiative. D’autres voix s’ajoutent chaque semaine. Nous comptons maintenant plus de 100 signataires.

Consultez la liste des signataires : https://cabc.co/rebound/

Nous pouvons maintenant confirmer que l’American National Association of Manufacturers (NAM) est signataires du « rebond », comptant 14 000 membres.

Il s’avère que les entreprises du Canada et des États-Unis souhaitent relancer nos économies ensemble, et non séparément.

Ces voix américaines constituent l’arme la plus redoutable pour s’assurer que de futures décisions de politiques publiques protectionnistes de la part des Américains, qu’ils soient républicains ou démocrates, excluent le Canada.

Heureusement, nos ententes commerciales sont largement protégées par l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM) qui entrera en vigueur le 1er juillet prochain. Toutefois, nous voulons aller plus loin. Nous pensons que l’élargissement des débouchés commerciaux entre nos deux pays accélérera la reprise. Nous voulons une stratégie manufacturière coopérative pour constituer et maintenir des stocks d’équipement de protection individuelle et d’équipements médicaux essentiels dans les deux pays. Et, surtout, nous voulons garantir la circulation ininterrompue des personnes et des biens à travers notre frontière commune pour tous nos secteurs stratégiques ainsi que la protection de nos chaînes d’approvisionnement essentielles. Nous voulons être unis pour prendre de front nos compétiteurs à l’échelle mondiale.

La manière dont le Canada et les États-Unis traitent avec les autres nations est une question de politique étrangère souveraine, mais nos relations mutuelles sont précieuses. Un système intégré qui fait l’envie du monde entier doit être géré avec prudence. Nous devons préserver cette relation historique et prospère.