Encore une fois, la population de Hong Kong monte aux barricades. Un nouveau cycle de troubles contre le régime communiste de la République populaire de Chine a commencé à Hong Kong alors que l’opposition a pris de l’ampleur contre le projet de loi sur l’hymne, qui criminalise l’insulte à l’hymne national chinois, et la loi sur la sécurité, dont beaucoup craignent qu’elle prive Hong Kong de libertés fondamentales. Cette seconde vague de manifestations survient peu après celle de l’an dernier qui s’opposait à une autre loi — la loi d’extradition — que les autorités de Hong Kong ont dû abandonner sous la pression populaire.

Pierre Jolicoeur Pierre Jolicoeur
Professeur de science politique, Collège militaire royal du Canada

En 1997, selon le principe « un pays, deux systèmes », Hong Kong est devenu partie intégrante de la Chine, à condition qu’il bénéficie « d’un degré élevé d’autonomie, sauf dans les affaires étrangères et de défense » pendant 50 ans. Ce principe même a été contesté l’année dernière avec la loi sur l’extradition qui aurait permis l’extradition de ressortissants de Hong Kong vers la Chine continentale. Cette loi a donné lieu à une contestation massive en raison de la crainte que ce projet de loi soit utilisé pour viser des dissidents politiques. Dans un affront spectaculaire à la gestion de la crise de Hong Kong par le Parti communiste chinois (PCC), les forces prodémocratiques ont fait des gains massifs lors des élections locales tenues en novembre dernier avec des représentants prodémocratie qui ont obtenu le contrôle de 17 des 18 conseils de district lors d'élections qui ont connu une participation électorale sans précédent de plus de 71 %.

Mais pour le président chinois Xi Jinping, Hong Kong est important. Il a occupé le portefeuille de Hong Kong au Comité permanent du Politburo du PCC avant de devenir « empereur de facto » de la Chine. Il semble avoir une foi implicite dans sa position ferme et inflexible, et comme il a centralisé le pouvoir à un niveau sans précédent, il n’y a personne d’autre pour partager le blâme pour les politiques énoncées par Xi.

Après quelques mois d’accalmie, Xi est de retour avec une nouvelle loi sur la sécurité proposée pour Hong Kong qui interdirait la trahison, la sécession, la sédition et la subversion qui, selon la Chine, est nécessaire pour lutter contre les manifestations violentes qui se sont développées sur le territoire. C’est une affirmation extraordinaire, car les protestations initiales étaient une réponse à la Chine qui revenait sur son engagement de 1997 envers le peuple de Hong Kong. Mais à l’ère de Xi, cela n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est l’affirmation de l’autorité chinoise sur tous ceux qui la défient.

Au moment où la Chine fait face à la pression mondiale et à l’indignation en raison de sa mauvaise gestion des stades initiaux du coronavirus, le resserrement de son autorité sur Hong Kong donne à Xi un élan nationaliste et pourrait rallier la nation autour d’un projet national.

Cela se produit malgré la condamnation mondiale croissante des actions chinoises vis-à-vis de Hong Kong. Alors que des pays comme le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie ont exprimé publiquement leurs préoccupations, les États-Unis ont fait monter les enchères avec le secrétaire d’État Mike Pompeo certifiant au Congrès américain qu’« aucune personne raisonnable ne peut affirmer aujourd’hui que Hong Kong conserve un degré élevé d’autonomie par rapport à la Chine, compte tenu des faits sur le terrain » et que la nouvelle loi sur la sécurité n’est « que la dernière d’une série d’actions qui portent fondamentalement atteinte à l’autonomie et aux libertés de Hong Kong ». Cela ouvre la voie au Congrès américain pour révoquer le statut commercial spécial de Hong Kong dont l’ancien dominion jouit en vertu de la loi américaine.

La légitimité du Parti communiste chinois

Mais il est peu probable que cela dissuade le PCC de changer de cap face à Hong Kong. Bien que les actions de la Chine risquent d’entraîner un coût économique important en raison des sanctions adoptées par Washington, il est impératif pour le PCC qu’il soit considéré comme gérant incontestable de la crise à Hong Kong. Toute faiblesse à Hong Kong peut être considérée comme un précurseur du sentiment prodémocratique ailleurs sur le continent. À un moment où l’économie chinoise a ralenti et où le taux de chômage est à un niveau sans précédent, le compromis fondamental entre la prospérité économique et la légitimité politique du PCC est menacé comme jamais auparavant.

La situation est telle que le PCC a besoin de détourner l’attention vers d’autres problèmes. Rien de tel que de mobiliser la population sur des enjeux géopolitiques.

Si Hong Kong se trouve dans sa ligne de mire, elle n’est pas la seule entité à faire l’objet de la posture nationaliste plus revendicatrice de la Chine. C’est également le cas de Taiwan, dont le statut politique déjà précaire avant la pandémie de COVID-19 subit les foudres de la Chine, surtout depuis que certains États, dont les États-Unis, cherchent à faire réintégrer Taiwan au sein d’organisations internationales telles que l’Organisation mondiale de la santé.

Parallèlement, le mois de mai 2020 a été ponctué de violences à la frontière indo-chinoise, dans la province indienne du Ladakh. Considérées comme de simples escarmouches — il n’y a pas eu de mort, mais des dizaines de blessés — des violences ponctuées de revendications territoriales ne devraient jamais laisser les observateurs indifférents, surtout si les deux puissances qui s’opposent sont des puissances nucléaires. Or, la frontière indo-chinoise, déjà l’objet d’une guerre entre les deux géants asiatiques en 1962, est régulièrement l’objet d’animosités. Il s’agit ainsi du troisième incident frontalier entre ces deux puissances depuis que Xi a pris la présidence chinoise, les autres affrontements ayant eu lieu en 2013 et en 2017. Il faut dire que depuis la guerre de 1962, qui a vu la défaite cuisante de l’Inde, les quelque 3500 kilomètres de frontière sino-indienne sont délimités par une vague ligne de contrôle définie de façon assez floue. Les régions de l’Arunachal Pradesh, côté indien, et de l’Aksai Chin, côté chinois, sont toujours disputées.

Si on combine ces nombreux dossiers de tensions aux tentatives de la Chine de militariser les atolls de la mer de Chine et de ses revendications territoriales sur cet espace maritime, il devient clair que la Chine n’est plus le tranquille État pacifique auquel les prédécesseurs de Xi nous avaient habitués. L’indéniable puissance militaire que la Chine est devenue, doublée de sa vigueur économique, lui donne les moyens de faire valoir ses revendications territoriales. Le président Xi qui a déjà maintes fois montré son activisme international, notamment par l’entremise du projet de nouvelle route de la soie, semble maintenant alimenter ses idées de grandeurs sur la scène régionale. Le moment semble favorable alors que le monde est particulièrement occupé ailleurs en raison de la pandémie et que le PCC cherche à tourner l’attention de sa population vers d’autres enjeux.