En mai dernier, le recteur de l’Université de Montréal a annoncé que la « presque totalité des universités canadiennes et américaines [amorçaient] les préparatifs pour un automne très majoritairement à distance ». Ce sera le cas de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), au sein de laquelle nous enseignons. Nous nous interrogeons sur les conditions de travail mises en place par nos institutions pour favoriser un enseignement à distance de qualité, d’autant plus que les étudiants ont été échaudés par leur expérience de la fin de session à distance à l’hiver 2020.

Michel Bastien et Claude Quevillon Lacasse
Enseignants au département de didactique des langues de l’UQAM

En effet, les obstacles à surmonter sont nombreux : une maîtrise insuffisante de la compétence numérique par des personnes enseignantes ; la faible motivation des étudiants ; la concentration vacillante en raison des défis que représente la conciliation études-travail-famille à la maison pour plusieurs ; la faiblesse de la connectique ou du matériel. Ces divers obstacles expliquent en grande partie la remise en question de la capacité des institutions d’enseignement supérieur à assurer une formation de qualité. Déjà, des étudiants espérant un retour à la normale ont annoncé qu’ils ne reprendraient leurs études universitaires qu’à l’hiver 2020.

Que doit faire l’université pour convaincre ses étudiants de s’inscrire à l’automne ? Elle doit se montrer proactive !

D’une part, elle doit s’assurer que tous ses étudiants ont accès à une connexion internet fiable et à du matériel informatique de qualité en organisant l’accès aux divers laboratoires informatiques de façon sécuritaire. D’autre part, l’université doit rapidement mettre en place des mesures de soutien et des moyens financiers qui permettent au personnel enseignant de développer des activités motivantes favorisant à la fois l’intégration des connaissances et le développement de compétences, et de faire un choix éclairé de « combo » technopédagogique selon les types d’activités envisagés.

Le succès de l’enseignement-apprentissage en ligne dépend d’un changement de paradigme important : passer de pédagogies traditionnelles, magistrales, à des pédagogies actives.

Les pédagogies actives impliquent le développement intégré d’activités au cours desquelles l’étudiant est actif. Or, ce changement de pratiques pédagogiques n’a pas encore été opéré dans plusieurs cours universitaires en présentiel avant la pandémie. Une telle ingénierie didactique exige temps et réflexion, en plus de nécessiter une compétence numérique solide de la part de la personne enseignante. Le salaire actuel pour rétribuer un cours universitaire ne couvre pas suffisamment cette réflexion ni le temps de formation et d’accompagnement supplémentaires. Si elle veut retrouver ses étudiants dès cet automne, l’université doit soutenir son personnel enseignant dans le développement de cours à la hauteur des attentes posées par les défis pédagogiques actuels en enseignement supérieur.

L’université est-elle prête à le faire ? Peut-être calcule-t-on que l’aventure n’en vaut pas le coût puisque l’éventuel retour à la normale permettra aux enseignants de reprendre leurs habitudes prépandémiques, quitte à sacrifier la qualité de l’enseignement cet automne. Au contraire, nous croyons que la pandémie est l’occasion d’investir dans la qualité de la formation aux pédagogies actives et au numérique du personnel enseignant au niveau universitaire pour opérer un réel changement de paradigme. En effet, nous sentons qu’il s’agit d’une occasion inespérée pour l’université de combler les retards dans le développement de la compétence numérique tout en accordant plus de place aux pédagogies actives en enseignement supérieur afin de faire en sorte que les étudiants expérimentent, cet automne et pour les sessions à venir, un enseignement-apprentissage universitaire numérique pédagogique. Pas catastrophique.