Monsieur le Premier Ministre,
Le meurtre ignoble de George Floyd n’a laissé personne indifférent. Cette démonstration du racisme systémique qui existe non seulement aux États-Unis, mais également au Canada et ailleurs dans le monde, a en effet soulevé les passions un peu partout sur la planète.

Will Prosper et Samira Laouni Coprésidents de la Table de concertation contre le racisme systémique (TCRS)

Ici, au Québec, ce phénomène nous préoccupe depuis longtemps ; 40 organismes ont d’ailleurs formé, en 2017, la Table de concertation contre le racisme systémique (TCRS) pour réclamer, en vain, une commission d’enquête publique afin d’y mettre un terme. Heureusement, les mentalités ont évolué depuis.

Nous tenons à saluer l’annonce récente que vous avez faite concernant votre intention d’adopter une politique nationale québécoise contre le racisme. Nous soulignons également le pas que vous avez franchi, le 8 juin dernier, en admettant l’existence de racisme dans les institutions et le système québécois. Comme vous, nous jugeons qu’il ne faut pas se limiter aux beaux discours et qu’il faut agir. Nous espérons donc que cette politique sera rendue publique sous peu, qu’elle fera l’objet d’une réelle consultation et qu’elle sera rapidement suivie d’un plan d’action structurant.

Il n’est plus possible de prétendre qu’on ne connaît pas ces problèmes ni la façon de les régler. Les grandes manifestations qui ont eu lieu dimanche, de Rimouski à Montréal en passant par Québec, Sherbrooke et Trois-Rivières, sont éloquentes : elles démontrent que les Québécois attendent impatiemment des actions concrètes pour que cessent enfin les pratiques racistes subsistant au sein de la police, de nos institutions publiques et des entreprises du Québec.

Un large appui populaire

Un appel s’est élevé dans de nombreuses villes du Québec témoignant des préjugés et des discriminations vécues dans toutes les régions par les personnes racisées, qu’elles soient natives ou immigrantes. Vous pouvez donc compter sur un large appui populaire pour agir promptement, avec tout le pragmatisme qui vous caractérise, et passer à l’action de façon visible et rapide afin que soient mis en œuvre :

– des mesures immédiates, ciblées et adaptées pour préserver et améliorer la santé publique dans des quartiers défavorisés tels que Montréal-Nord, Saint-Michel, Parc-Extension, Hochelaga-Maisonneuve et Côte-des-Neiges, notamment auprès des demandeurs d’asile ;

– l’attribution du Certificat de sélection du Québec à tous les demandeurs d’asile travaillant dans la santé et les services sociaux, l’agroalimentaire ou tout autre service essentiel pendant la COVID-19 ainsi que la protection de leurs droits comme des droits de toutes et de tous ;

– les recommandations pour contrer le profilage racial mises de l’avant dans le rapport de recherche indépendante sur les interpellations policières des personnes racisées par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ;

– les actions demandées par les participants à la Consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques à Montréal, réalisée par l’Office de consultation publique de Montréal qui publiera son rapport et ses recommandations la semaine prochaine ;

– l’application effective de programmes d’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics et le secteur privé, au vu de la discrimination systémique qui persiste à l’embauche envers les personnes nouvellement arrivées, les autochtones et les citoyens racisés ;

– les 21 demandes propres au Québec contenues dans le rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ;

– les 142 appels à l’action issus de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, présidée par le commissaire Viens ;

– l’accès universel à la santé, à l’éducation, à l’emploi, aux services de garde et au logement pour toutes et tous, sans égard à la couleur de peau, au statut d’immigration, à l’origine ethnoculturelle, à la religion ou à d’autres motifs de discrimination interdits par les chartes des droits de la personne du Québec, du Canada et des Nations unies.

À l’instar des mouvements populaires tels que Black Lives Matter et Idle No More, la TCRS se joint aux milliers de voix qui s’élèvent partout au Québec pour dire « C’est assez » et pour demander à votre gouvernement d’être celui qui, enfin, agira.