La COVID-19 expose les grandes vulnérabilités de nos systèmes de gestion et peut fragiliser certains pans de notre cohésion sociale et économique.

Marc St-Onge Marc St-Onge
Directeur général Association québécoise pour le loisir des personnes handicapées (AQLPH)

L’annonce par le gouvernement québécois de la reprise des activités de camps de jour fait partie des défis importants et nécessaires d’un retour à la vie normale. Ce retour risque d’être très difficile, voire impossible pour de nombreux enfants handicapés habituellement intégrés dans les camps de jour.

De nombreux acteurs sont engagés dans le quotidien pour composer avec les directives de la Direction générale de la santé publique (DGSP), de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). Ils y font preuve de créativité, de résilience exemplaire et sont empreints de ce souci de préserver l’intégrité et l’autonomie des personnes vulnérables.

Voilà qu’à moins d’un mois du début des activités de camps de jour, les risques d’augmenter les formes de discrimination sont importants pour les enfants vivant des situations significatives de handicap.

Le nombre d’enfants ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) ou une déficience intellectuelle est en augmentation notable dans les camps de jour depuis les dernières années. Nous y trouvons aussi des enfants ayant un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) moins bien contrôlé, d’autres enfants ayant des troubles de comportements plus importants : un déficit auditif ou visuel ou encore une déficience physique.

Leur présence dans les camps de jour présente des défis d’inclusion qui sollicitent des formes d’accommodements raisonnables. Il peut s’agir d’adapter un équipement de loisir, de sensibiliser les pairs à la différence ou de moduler des modes d’intervention, dans le but que tous aient du plaisir et puissent ressentir la dimension ludique qui constitue l’essence même des camps de jour. Une de ces formes d’accommodement est l’accompagnement d’un ou des enfants à besoins particuliers.

La COVID-19 amplifie les défis

Les organisations publiques et leurs partenaires (municipalités, organismes communautaires) offrant des activités de camps de jour ont su développer au cours des dernières années des pratiques inspirantes en matière d’inclusion des enfants pouvant vivre une situation de handicap significative. La situation de la COVID-19 vient amplifier ces défis. Il est possible ici de se référer à la gestion de l’évaluation des besoins pour établir des pairages en accompagnement, du recrutement de personnel, de l’équipement de protection individuelle (masque et autres), du respect de mesures de sécurité collective (communication avec les parents). À l’énumération précédente s’ajoutent les défis d’accommodement raisonnable comme le développement d’activités permettant de maintenir une distanciation physique de deux mètres, et d’ajuster les services en fonction de besoins individuels et collectifs.

En tardant l’annonce de formes d’aide financière et autres mesures soutenant l’accompagnement des enfants handicapés en camp de jour, le gouvernement place les organisateurs de camps de jour dans une situation inconfortable. Selon un sondage envoyé à des gestionnaires municipaux, jusqu’à 40 % des municipalités mentionnaient réfléchir à ne pas offrir de services d’accompagnement. C’est pourtant 1 enfant sur 20 qui a besoin d’un accompagnateur.

Les pressions organisationnelles et financières sont à la base de décisions qui se prennent actuellement par les conseils de ville et les conseils d’administration. Les possibilités de coupes de services et de discrimination sont amplifiées, voire palpables. Il s’agit d’un recul pour que l’enfant puisse avoir accès à un environnement qui lui permet d’expérimenter ses potentiels et les consolider dans un contexte d’inclusion à la vie le menant à son développement optimal.

Il s’agit d’un net recul pour la famille et les proches qui apprécient voir s’épanouir leur enfant. Il s’agit d’un net recul pour notre société qui pourrait être amenée à recréer des situations d’exclusion, de dépendance et de vulnérabilité.

En reportant l’annonce de formes d’aide financière pour soutenir l’accompagnement d’enfants en situation de handicap et autres mesures facilitatrices, l’État québécois n’offre pas sa contribution à gérer de façon équitable la reprise d’activités de camps de jour et augmente les risques d’accoler à nouveau des préjugés aux caractéristiques personnelles des personnes vulnérables.

L’abolition de tels préjugés fait l’objet de sensibilisation et d’intervention de nombreux acteurs du quotidien dont la majorité des fonds accordés proviennent de mesures gouvernementales importantes. Notre société ne peut se permettre ce retour en arrière et voir des enfants ayant des besoins complexes se faire exclure systématiquement des camps de jour. La société québécoise est fondamentalement inclusive et nous devons fortement poursuivre en ce sens.