Il y a moins de deux ans, la CAQ était élue pour gouverner le Québec et son chef nommait un enseignant comme ministre de l’Éducation.

Nathalie Bouyer Nathalie Bouyer
Enseignante en adaptation scolaire et présidente du Syndicat de l’enseignement des Basses-Laurentides

Enfin ! Pas un médecin ni un homme d’affaires pour diriger notre ministère. Non. Un des nôtres, un prof. Quelqu’un qui sait ce qui se passe sur le terrain… Du moins, c’est ce que nous nous sommes dit.

Misère ! Quelle déception ! Particulièrement depuis décembre dernier, au moment du dépôt des offres patronales concernant le renouvellement de la convention collective. Nous y avons senti et y avons lu tout le mépris qu’il a envers nous, ses collègues de travail d’il n’y a pas si longtemps…

Puis est arrivé le mois de février, le 8 plus précisément, alors qu’il a modifié sous bâillon la Loi sur l’instruction publique (LIP). Un autre geste agressif, osons le dire ! Par cette façon de faire, il sabrait dans la démocratie ; il mettait fin à la démocratie scolaire en créant des conseils d’administration de centres de services scolaires où les membres seraient nommés et non élus, et il faisait un pied de nez à la démocratie parlementaire en imposant ses modifications à la LIP sous bâillon.

Puis le mois de mars est arrivé, avec sa pandémie et la fermeture des écoles… Le ministre annonce alors en grande pompe des vacances pour tout le monde ! Deux semaines de congé, de repos. Puis la fermeture se prolonge jusqu’en mai (au moins). Déjà, à la fin mars, nous recevions des « directives » nous indiquant que si l’année scolaire ne pouvait reprendre, les notes cumulées jusqu’à la mi-mars serviraient à établir le bulletin de fin d’année.

À cette époque, le ministre de l’Éducation lui-même informait le réseau scolaire qu’il s’occupait de faire parvenir aux parents des contenus pédagogiques (notamment par la trousse ministérielle et Télé-Québec) et que le travail demandé serait facultatif, servirait à consolider les acquis et qu’aucun nouvel apprentissage ne serait enseigné. Puis, l’école à distance est devenue plus « importante ». Les élèves pouvaient recevoir de nouvelles notions et un suivi accru était demandé. Les notes des élèves pouvaient maintenant évoluer.

Les enseignants ont alors mis en place des rencontres téléphoniques ou en visioconférence. Certains ont même préparé des capsules vidéo permettant aux élèves de les regarder au moment opportun. Je n’énumérerai pas la liste de toutes les belles choses qui ont été mises en place, j’aurais peur d’en oublier ! Par contre, peu importe ce qui a été fait, en ce début du mois de juin, une routine sécurisante pour les enseignants, les parents et les enfants, particulièrement ceux en difficulté, a été établie… Et pouf ! Le ministre vient ajouter une Xième directive, modifiant le plan de match ! Il demande au milieu scolaire d’organiser des « camps pédagogiques » à compter du 8 juin ! Il donne l’information le lundi 1er juin ! Les écoles auront quatre jours pour déterminer quels élèves « bénéficieraient » d’un tel camp (quel nom !), appeler les parents, organiser un service de garde et le transport des élèves qui se présenteraient, aménager des locaux en respect des consignes sanitaires et trouver des enseignants pour leur enseigner ! Bien oui, les profs enseignent à distance au reste du groupe selon des horaires convenus ! Ils ne peuvent être à deux endroits en même temps !

Et pour les élèves ? Plusieurs élèves, les élèves en difficulté particulièrement, ne se présentent pas aux cours en ligne et ne répondent pas aux appels et ils seraient plus présents aux camps qui sont encore plus volontaires ? Et que dire aux enfants vulnérables qui ont répondu à l’appel depuis plusieurs semaines et qui ont réussi, avec leurs parents, à trouver un modus vivendi entre l’école, la maison et le boulot ? Pourquoi tout bousiller pour 13 jours ?

La directive lancée par le ministre le lundi 1er juin en fin de journée, elle sert à qui ? À quoi ? Un seul homme, sans consultation des gens sur le terrain, peut-il moralement lancer de telles directives qui seront probablement nuancées ou abrogées dans les prochains jours ?

Je rêve, encore naïvement peut-être, au jour où nous aurons enfin un ministre de l’Éducation qui agira respectueusement, sincèrement et réellement en faveur de notre système scolaire public, de ses artisans et de ses élèves. En attendant, M. Roberge, changez donc d’idée une dernière fois en cette année scolaire 2019-2020 et laissez les enseignants terminer l’année avec leurs élèves selon ce qui est maintenant leur routine, en beauté et en douceur plutôt que dans l’angoisse et le chaos…