Lorsque la crise sanitaire de la COVID-19 a frappé le Canada de plein fouet en mars dernier, le gouvernement canadien a répondu présent à tous les gens qui perdaient leur emploi de façon temporaire ou définitive avec la Prestation canadienne d’urgence (et d’autres programmes). Rapidement et avec peu – voire très peu – de questions, toute personne a pu (et peut encore) recevoir cette prestation temporaire.

Christine Thibault Christine Thibault
Directrice générale chez JPF Formation Professionnelle 2000

Cette mesure a mis un baume sur le cœur de milliers de personnes se retrouvant dans une situation précaire, et j’avoue que j’étais moi-même soulagée que mes employés ne soient pas laissés à eux-mêmes dans cette situation difficile et exceptionnelle.

Mais voilà, plusieurs domaines commencent à être déconfinés, et les employeurs demandent à leurs employés de revenir au travail.

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Dans plusieurs domaines comme les cours de conduite, la formation théorique en ligne a repris.

De mon côté, j’ai de plus en plus de demandes de formation en ligne dans tous mes secteurs, alors il va de soi qu’en réorganisant les horaires et en prévoyant le déconfinement, je réintègre des employés au travail, ou à tout le moins je les avise que le retour se fera incessamment.

Je travaille d’arrache-pied pour mettre en place un protocole sanitaire, depuis quelques semaines. Bien évidemment, le protocole sanitaire n’est pas encore sorti officiellement, mais en se basant sur les protocoles actuels et en communiquant avec les personnes concernées et responsables, il est possible de savoir où on s’en va pour notre industrie. Il va de soi que mon entreprise se conformera à la lettre du protocole approuvé par la CNESST et la santé publique.

De plus, comme nous avons réorganisé notre entreprise grâce à la formation en ligne, je dois former mon personnel et lui fournir le matériel nécessaire pour qu’il soit prêt lors de la réouverture. J’accompagne également ceux qui ont été réintégrés en télétravail dans les dernières semaines.

La plupart de mes employés sont prêts, et ils ont hâte de reprendre le travail. Malheureusement, un petit noyau d’employés a refusé de revenir au travail pour l’instant, alors que tous les moyens sont réunis pour garantir un milieu sécuritaire, fournir du matériel, offrir toute l’aide nécessaire afin de s’ajuster aux nouvelles façons de faire pour que la réintégration soit maximale.

Toutes les raisons non valables sont valables, pour ces employés. Ce que je comprends ici, c’est que la Prestation canadienne d’urgence (PCU) fait son œuvre : « Pourquoi revenir au travail maintenant, alors qu’on sera encore payé à la maison pendant un certain temps ? »

Vous me direz que ce petit noyau d’employés est malhonnête et que je me dois de dénoncer ces derniers. Ma réalité n’est toutefois pas aussi simple.

Dans certains domaines, le recrutement est plus facile et l’intégration dans un nouveau poste se fait rapidement. Il n’en reste pas moins qu’on doit tout de même former l’employé et l’assister dans ses nouvelles tâches, peu importe son poste. Toute formation ou intégration a un coût.

Malgré tout, dans mon domaine, c’est plus compliqué. Je m’explique. Pour occuper plusieurs de nos postes de moniteur et d’instructeur, une personne doit obligatoirement suivre une formation qui prend plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant d’avoir l’autorisation d’enseigner. Alors, même si j’engage une personne demain matin, elle ne pourra pas dispenser de formation avant trois à quatre mois (au minimum).

Et ça, c’est si j’ai des gens qui postulent, car la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie des écoles de conduite existait bien avant la pandémie, et elle est toujours d’actualité, je vous le confirme.

Cette aide gouvernementale qui était nécessaire au début de la pandémie nous met maintenant, les employeurs, dans une mauvaise posture. Certains dénonceront le refus de travailler de leurs employés, alors que d’autres l’acceptent à contrecœur et attendent que leurs employés soient prêts à revenir à l’emploi.

Dans les deux cas, l’employeur est perdant : s’il dénonce, il perdra un employé dont il avait besoin; s’il ne dénonce pas, il mettra encore une fois les bouchées doubles pour maintenir son entreprise à flot et, par la même occasion, maintenir le poste de cet employé jusqu’à son retour.

Je ne suis pas la seule dans cette situation. Plusieurs employeurs et agences de recrutement la dénoncent. Alors, je pense qu’il est temps que notre gouvernement fédéral réajuste son programme et incite les travailleurs à retourner sur le marché du travail. Il en va encore une fois de la pérennité des entreprises.