Imaginez un monde où le gouvernement canadien organise régulièrement une conférence de presse avec des experts et des scientifiques.

Catherine Abreu, Caroline Brouillette et Julia Croome
Respectivement directrice exécutive du Réseau Action Climat Canada, analyste en changements climatiques chez Équiterre, et avocate à Ecojustice

Ensemble, devant un parterre de journalistes prêts à leur tirer les vers du nez, ils présentent de manière précise les plus récentes données sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) au pays.

Ils soulignent ensuite les succès et les défis des derniers mois en matière de lutte contre les changements climatiques et identifient les mesures qui seront mises en place à court terme pour respecter nos engagements.

Vous trouvez ce scénario familier ? C’est normal ! C’est qu’il s’apparente grandement au suivi des infections, aux actions politiques de nos gouvernements et à la vision rassurante de nos dirigeants et scientifiques travaillant de pair que nous observons depuis le début de la pandémie.

Notre réponse à la crise climatique, tout comme la crise sanitaire, dépend largement de notre capacité à mesurer les effets de ce que nous mettons collectivement en place pour la combattre.

Comme nous le découvrons depuis plusieurs semaines, la recette pour l’affronter n’est pas outrageusement complexe : écouter les experts, se fixer des objectifs et des échéanciers clairs, tester, mesurer et évaluer notre progrès vers ces objectifs, établir un plan d’action et l’exécuter, recalibrer ce plan lorsque de nouvelles données sont disponibles.

Voilà donc aussi les ingrédients d’une réponse efficace à la crise climatique qui nous guette. Le gouvernement canadien s’est déjà engagé à légiférer pour enchâsser dans la loi « le zéro émission nette » à l’horizon 2050 avec des cibles intermédiaires tous les cinq ans. Pour s’assurer que ce cadre législatif soit solide et nous permette réellement d’atteindre nos objectifs, il faudra s’assurer qu’il rassemble les ingrédients énumérés ci-dessus et de bien nous préparer au combat titanesque qui nous attend. Nos organisations environnementales ont d’ailleurs fait parvenir au cabinet du premier ministre Justin Trudeau un rapport complet et détaillé pour affronter ce défi.

Une loi demeure la meilleure manière d’assurer la mise en place de ces ingrédients. Lorsqu’elle est bien élaborée, une loi est l’un des plus puissants outils qu’un État puisse utiliser : il s’agit d’une manière claire et précise d’affirmer « voici ce qui nous tient à cœur et voici ce que nous allons faire à ce sujet, dès maintenant ».

Le Canada doit abandonner la pratique de fixer et manquer des cibles éloignées dans le temps et devrait plutôt adopter des plans d’action détaillés, concrets et spécifiques dont il fera un suivi assidu. Discuter de carboneutralité pour 2050, c’est l’équivalent de dire qu’on aimerait compter 0 cas de COVID-19 en 2050, sans engager d’actions immédiates. Comment les Canadiens et Canadiennes réagiraient-ils si un tel objectif était communiqué par nos élus lors d’un point de presse quotidien ?