En mettant dans la population des porteurs asymptomatiques, le virus a touché l’humanité là où ça fait vraiment mal.

Boucar Diouf Boucar Diouf
Humoriste, conteur, biologiste et animateur

Transformer chacun de nous en un discret porteur potentiel capable de donner la maladie à son ami, à sa famille et à ses proches est une façon machiavélique de séparer les animaux éminemment sociaux que nous sommes. En cause, cette particularité du SARS-CoV-2 nous a forcés à l’enfermement, le symbole même de la punition dans les sociétés humaines. Séparer quelqu’un de ses proches et l’isoler dans une cellule n’est-elle pas la raison d’être de nos prisons ?

Heureusement, en attendant d’avoir une arme efficace contre le virus, la nature nous a équipés de moyens de résistance moins agressifs. De ces armes de protection passive, il y a la chaleur humaine et les neurones miroir qui nous permettent d’être Wi-Fi avec les joies et les peines des autres. C’est ce potentiel thérapeutique par les autres qui faisait dire à ma mère que bien avant les médicaments, l’humain restera toujours le meilleur remède pour son prochain.

De ces armes de résistance passive du genre humain, il y a aussi les larmes qu’une sagesse ancienne dit être à l’âme de celui qui souffre ce que le savon est au corps de celui qui se lave. Mais la stratégie de résistance dont je veux surtout vous parler un peu plus longuement dans ce texte, c’est l’humour.

Le rire, dit le proverbe, c’est comme les essuie-glaces : ça n’arrête pas la pluie, mais ça permet d’avancer quand même.

Quand la menace et l’adversité nous bousculent, on s’accroche au rire comme on se cramponne à une bouée pour ne pas sombrer. L’humour est un bouclier, une manifestation de notre humanité qui abaisse les tensions et ramène l’harmonie dans le groupe et l’homéostasie dans le corps du comique et de celui qui se délecte de sa blague. De fait, ses vertus sur la santé ne sont plus à démontrer. Les bons éclats de rire travaillent les abdominaux, diminuent les sensations de douleur somatiques et psychologiques et boostent le système immunitaire.

N’en déplaise à Rabelais, le rire est loin d’être le propre de l’homme. Les rats ne se dilatent pas la rate, mais ils rigolent sous une certaine forme quand ils sont chatouillés.

Vous ne serez donc pas surpris si je vous dis que nos cousins les grands singes rient eux aussi. Les travaux de Marina Davila Ross, zoologiste à l’Université de Portsmouth, en Grande-Bretagne, ont apporté des résultats intéressants à ce sujet. Avec plus de 800 enregistrements du rire de jeunes gorilles, chimpanzés, bonobos, orangs-outans et siamangs, ses collègues et elle ont démontré que les jeunes singes s’esclaffent, gloussent et rigolent comme des bambins lorsqu’on leur chatouille les pieds, les paumes des mains ou les aisselles. Autrement dit, si vous chatouillez un bébé gorille, il va rire. Par contre, si l’envie de chatouiller un papa gorille vous pogne, un conseil : assurez-vous que ça lui tente de recevoir vos guilis guilis. Sinon, un proverbe africain dit qu’il faut vraiment faire confiance à son derrière avant d’avaler une noix de coco. Avec ses 200 kg de muscles, si votre gorille n’a pas le sens de l’humour, il a certainement le sens du punch qui peut faire très mal.

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Quand on se met à compter les grains de riz...

Pour les évolutionnistes, l’origine du rire dans le règne animal remonterait à entre 30 et 60 millions d’années. Si cette manifestation sonore est aussi vieille, c’est qu’elle a certainement un rôle très important dans le vivant. Le rire est un baume social contre les tracas de l’existence, et c’est probablement pour cette raison qu’en si peu de temps, les drôleries autour de la pandémie ont envahi l’internet. Cette semaine, j’ai passé beaucoup de temps à fouiller les nombreuses blagues cogitées par des internautes souvent anonymes et qui font du bien à tous. Partout sur la planète, les gens n’ont pas attendu les scientifiques pour affiner leurs défenses et dégainer généreusement sur leur propre existence en ces temps difficiles. Une façon d’exorciser leurs peurs et leurs angoisses existentielles qui fait du bien aux autres.

En voici une petite sélection avant de terminer. Comme une blague devient rapidement l’esprit d’un inconnu qui fait le bonheur de tous, entre deux sourires, remerciez ceux qui ont cogité ces mots d’esprit qui nous soignent :

« Ma femme de ménage vient de m’appeler pour me dire qu’elle fera du télétravail. Elle va me joindre de chez elle et me dire ce qu’il y a à faire. »

« L’erreur avec ce virus, c’est de l’avoir appelé corona. Si on l’avait appelé Canadien de Montréal, il aurait été éliminé en mars. »

« Mon voisin commence à disjoncter avec le confinement; je l’ai vu parler à son chien. Je l’ai raconté à mon aspirateur, on était morts de rire. »

« À 17 ans, on se faisait faire des fausses cartes pour pouvoir entrer dans les bars et maintenant à 70 ans, on va se faire faire des fausses cartes pour entrer dans les épiceries. »

« Avant on toussait pour camoufler un p’tit pet. Maintenant on pète pour camoufler une p’tite toux. »

« On ne s’ennuie pas trop à la maison avec le confinement, mais il est étrange que dans un paquet de riz d’un kilogramme, il y ait 7759 grains, et dans un autre du même poids et de la même marque, il y en ait 7789. »

« Avec le confinement, de nombreux parents sont en train de découvrir que ce n’était pas le professeur, le problème. »

Si vous voulez plus de blagues, je vous recommande une série d’articles intitulés « L’humour au temps du corona », écrits sur le sujet par Mylène Moisan dans le journal Le Soleil. Une sélection qui m’a fait beaucoup de bien.