Il n’est pas bon d’être un Montréalais en cette période aux yeux du gouvernement.

Julien Le Maux Julien Le Maux
Professeur titulaire au département de sciences comptables, HEC Montréal

Le message adressé par le premier ministre est relativement clair depuis quelques semaines : les Montréalais ne souhaitent pas être testés, sont peu soucieux des règles sanitaires, doivent être considérés comme indésirables dans les autres régions du Québec et leurs enfants importent peu. Bien entendu, ce message ne s’est pas matérialisé par des gestes concrets directs. Par exemple, il n’y a pas eu de confinement de la grande région de Montréal, cela n’aurait pas été acceptable politiquement. Par contre, un confinement de toutes les régions pour éviter aux Montréalais d’y aller a été mis en place.

Les blocages sur les routes ayant été retirés, la méthode a changé.

À chaque éclosion à l’extérieur de la métropole, le but du jeu est de trouver un lien avec un Montréalais.

En effet, dans cette logique, seul un métropolitain peut être la source de la maladie.

Durant mon enfance, on me racontait l’histoire des trois petits cochons. On y apprend qu’il vaut mieux avoir construit une maison en pierre plutôt qu’en paille si on ne veut pas tomber dans le piège du grand méchant loup. Le gouvernement ne semble pas avoir entendu l’histoire durant son enfance. Il a en effet été choisi de construire les infrastructures de Montréal en paille plutôt qu’en brique. Le problème est que le grand méchant loup est arrivé : il s’appelle la COVID-19. Comment aurions-nous pu faire face à une telle pandémie avec des CHSLD mal gérés et un réseau médical en souffrance ? Comment pourrions-nous relever la tête avec des écoles surpeuplées, dans lesquelles les enfants devraient se laver les mains avec une eau polluée au plomb ?

Montréal est pourtant le porte-étendard international du Québec à plus d’un sens. Elle est une des villes préférées par les étudiants étrangers, somme toute logique avec les efforts des universités et de ses professeurs. Elle est un pôle de recherche mondial dans de nombreux domaines, dont l’intelligence artificielle, qui pourrait être la source de nombreuses innovations. Elle est également une place centrale au niveau culturel avec ses nombreux festivals et musées. C’est une métropole mondiale.

Toutefois, cette métropole a été construite sur des pilotis instables. Warren Buffett disait que c’est quand la marée est basse qu’on voit qui nage sans maillot.

La pandémie a soufflé sur la ville, annulant ses festivals et fermant ses universités. C’est durant cette période que les désastres sous-jacents sont apparus au grand jour, une incapacité à faire face aux nouveaux défis à venir.

Finalement, la fermeture des écoles jusqu’à septembre n’est sûrement pas le résultat de la pandémie, il ne s’agit que de la suite logique du mépris de la métropole de Montréal qui, même si elle est une métropole culturelle, économique et scientifique, paie le prix de ne pas être une capitale politique et ainsi d’être méprisée depuis des années. Cela s’est traduit par une situation incroyable : le traitement médiatique de la venue du premier ministre à Montréal. Il ne devait pas y avoir une gestion particulière de cette venue du premier ministre dans la plus grande métropole du Québec. Et pourtant, cela ressemblait à un déplacement politique exceptionnel, comme s’il se déplaçait en Corée du Nord.

Il faut absolument que la gestion des municipalités soit faite avec une homogénéité favorable à l’ensemble de la population québécoise. Il faut arrêter de diviser pour mieux gérer et prendre les décisions politiques.