Nous saluons la décision du gouvernement de permettre l’ouverture des camps de jour à partir du 22 juin. Malgré cette annonce, plusieurs parents voient les mois qui viennent comme un véritable casse-tête.

Véronique Arsenault et Mathieu Lavallée
Respectivement présidente fondatrice et vice-président et associé, Exponentiel Conseil

À titre d’entrepreneurs et de parents de trois jeunes enfants (Éloi et Loïc, 6 ans, et Flavie, 4 ans et demi), c’est notre cas. Nous aimons nos enfants plus que tout. C’est notamment à cause d’eux que nous avons bâti cette entreprise. Nous en faisons un exemple afin qu’ils apprennent qu’ils peuvent bâtir leur propre vie.

Notre entreprise est une PME familiale située à Montréal et spécialisée dans le service-conseil stratégique pour les organisations. Depuis le début du confinement, nous avons tenté tant bien que mal de concilier la gestion de l’entreprise, de donner du temps à nos fabuleux employés, de faire du développement, de penser au souper du soir, de bricoler avec les enfants… tout cela, souvent dans la même pièce !

Passer du temps avec nos enfants est une joie. Nous avons la chance de les voir grandir au quotidien, ce qui est moins possible en temps normal. Mais, comme pour tous les parents, un confinement de plusieurs semaines présente son lot de difficultés.

L’annonce de la réouverture des camps ne nous rassure qu’en partie. En effet, plusieurs questions demeurent sans réponse.

Les camps pourront-ils accueillir tous les enfants ? Pourront-ils véritablement se plier aux normes sanitaires ? Les normes sanitaires seront-elle viables ? Par exemple, le camp que nous avons choisi pour nos enfants n’en est toujours pas certain à ce stade-ci.

Plusieurs enfants risquent de se retrouver sur le carreau, faute de place, mettant ainsi en péril leur santé psychologique. La santé des parents risque aussi d’être mise à mal à force d’assumer sur le long terme et avec plus d’intensité plusieurs rôles en même temps. Sur le plan professionnel, devrons-nous mettre sur pause le développement de notre entreprise alors que le Québec a plus que jamais besoin de ses PME qui fournissent plus de 85 % des emplois dans le secteur privé ?

L’importance des PME pour notre économie

Après l’Ontario, c’est au Québec que l’on retrouve le plus grand nombre de petites et moyennes entreprises (PME) au Canada. Au Québec, près de la moitié de ces PME se retrouvent dans la région de Montréal (45 %). Cependant, la proportion de ces entreprises exploitées par une même famille est beaucoup plus grande ici que partout ailleurs au Québec. Il est vital pour la santé économique du Québec de trouver des solutions pour elles.

Au fil des ans, nous avons su bâtir, en couple, un environnement de travail humain et bienveillant, basé sur la collaboration et le sens de la tribu. Nous sommes entourés par des parents, amis, clients et collègues qui nous aident à passer à travers la tempête. Avant que l’urgence sanitaire soit décrétée, nous étions bien épaulés dans notre quotidien pour assumer nos différents rôles.

Nous sommes conscients que nous vivons un moment exceptionnel. Nous suivons les consignes émises par la Santé publique et nous en partageons ses objectifs. Il nous apparaît toutefois stratégique de donner du répit aux parents qui travaillent à temps plein. Ils ont donné toutes leurs énergies pour continuer tant bien que mal à contribuer à l’économie du Québec tout en assumant leurs rôles parentaux.

Au-delà des mesures financières intéressantes et appropriées qui ont été offertes par les gouvernements depuis le début de la crise, ce dont nous, parents et propriétaires de PME familiales, avons besoin, c’est de temps !

De l’oxygène pour penser et créer la relance que nous souhaitons tous. Selon de nombreux pédiatres et autres experts, les enfants ont aussi besoin d’air.

Cette période est propice à l’innovation et aux solutions novatrices. Pourquoi ne pas élargir et multiplier les services de halte-répits pour les parents à bout de souffle qui n’auront pas trouvé de solutions pour leurs enfants, ou assouplir un peu les règles de distanciation physique pour permettre une autre forme d’entraide comme une gardienne à la maison ? Quelques heures par semaine seraient les bienvenues pour que tous puissent se consacrer à relancer le Québec. Le tout, évidemment, en respectant les mesures de sécurité les plus strictes.

Les PME ont et auront une importance capitale pour la relance de l’économie. Elles représentent à elles seules environ la moitié du PIB du Canada. C’est grâce à elles que nous retrouverons le chemin de la croissance. Derrière ces PME, il y a des humains, des parents dont nous aurons besoin collectivement pour l’après-crise. Nous avons besoin d’entreprises qui auront réussi à traverser la crise, menées par des entrepreneurs qui ne seront pas épuisés et qui pourront assurer la relance du Québec comme ils ont toujours su le faire. Aidons-les. C’est dans notre intérêt à tous.